• Codine

    Panaït Istrati

    L'enfance et la jeunesse d'Adrien Zograffi se situent dans une misérable banlieue du port de Braila, sur les bords du Danube. Adrien devient le protégé de Codine, le bon géant. Puis il se fait vagabond et, pendant huit ans, a Mikhaïl pour inséparable compagnon. À Alexandrie, Le pêcheur d'éponges lui raconte sa vie. Autant d'histoires qui pourraient elles aussi s'appeler Mes départs. Avec ces quatre textes, qui composent La jeunesse d'Adrien Zograffi, Panaït Istrati, qui ressemble à son héros, nous offre un chant d'amour, de justice et de liberté.

  • Kyra Kyralina

    Panait Istrati

    Kyra Kyralina | Les Récits d'Adrien Zograffi | est un recueil de nouvelles de l'écrivain roumain de langue française Panaït Istrati, paru en 1924.

    1-STAVRO LE FORAIN
    2-KYRA KYRALINA
    3-DRAGOMIR

    Extrait
    |...Dans la Tchétatzoué, on était chez ma mère, nous ne fichions rien de tout le jour, on s'amusait... L'hiver, on buvait du thé, l'été des sirops, et toute l'année on mangeait des cadaïfs, des saraïliés, on buvait du café, on fumait des narguilés, on se maquillait et on dansait...
    C'était une belle vie...
    Oui, c'était une belle vie, sauf les jours où le père ou son fils ou bien les deux faisaient irruption au milieu de la fête et assommaient la mère, assénaient des coups de poings à Kyra, et me cassaient leur bâton sur la tête, car maintenant je faisais moi aussi partie de la danse. Comme nous parlions couramment le turc, ils appelaient les deux femmes des patchaouras et moi, kitchouk pézévéngh. Les deux malheureuses se jetaient aux pieds de leurs tyrans, leur enlaçaient les jambes et les priaient de ménager leurs visages :
    « Pas sur le visage ! » criaient-elles , au nom du Seigneur et de la sainte Vierge, ne frappez pas la figure !... Ne touchez pas aux yeux !... Pardon !... »
    Ah ! la figure, les yeux, la beauté de ces deux femmes !... Il n'en existait pas une qui eût pu leur tenir tête !... Elles avaient des cheveux d'or, et longs jusqu'aux jambes , le teint blanc , les sourcils, les cils et les prunelles noirs comme l'ébène...|

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Panaït Istrati. "Les chardons du Baragan" est sans doute l'oeuvre qui illustre le plus parfaitement, tant par les thèmes que par l'écriture, ce que Panaït Istrati a apporté d'unique à la littérature française. Roman d'apprentissage d'un enfant de la plaine du Baragan, en Valachie, qui, à la suite de son père, un pauvre marchand ambulant, sillonne les campagnes de la Roumanie encore presque féodale du début du XXe siècle, "Les chardons du Baragan" est aussi une sorte de roman picaresque exotique d'une étonnante puissance. Dans un français dépouillé de toute rhétorique, qui fait lever des images pleines de couleur et de relief, Panaït Istrati mêle le lyrisme et le réalisme, révèlant jusqu'à l'âme un monde de dénuement et de sauvagerie hanté par de splendides légendes et écrasé par les traditions de la servitude, mais qu'un incident fait basculer en un instant de la résignation désespérée dans la révolte.

  • Singulier destin que celui de ces lettres !
    Traitant de sujets "sensibles" en des temps de "guerre froide", leur publication fut différée pendant quarante ans (de 1947 à 1987) car il s'agissait là d'une véritable bombe idéologique. Cette correspondance croisée, bien loin de n'être que l'évocation de la rencontre et de l'amitié entre ces deux hommes, est aussi et surtout un document psychologique et un acte politique. En 1987, quelque peu hâtivement, fut proposée une version aux transcriptions incomplètes ou réécrites ("francisation" des textes d'Istrati). En 1990, une nouvelle édition parut, mais sans l'indispensable fidélité aux autographes. Il convient d'en procurer enfin une version intègre, à défaut de pouvoir être intégrale, des lettres ayant été perdues, voire détruites. Ainsi, par souci d'authenticité et afin de rendre évident le travail opiniâtre d'Istrati pour maîtriser une langue qui n'était pas celle "maternelle", c'est le texte brut des lettres qui est donné, toute francisation étant exclue.
    Cette correspondance nous renseigne sur une "politique de l'Amitié" telle que la concevait et la vivait chacun d'eux, sur leurs illusions et leurs contradictions quand ils entendaient ériger une mythique "indépendance de l'Esprit" face aux pouvoirs et aux totalitarismes du XXe siècle. Elle révèle aussi que, l'Histoire ayant fait irruption plus qu'en d'autres siècles dans la vie des peuples et des individus, amitiés et amours n'ont pu y échapper et, parfois, n'y ont pas résisté... C'est ce qu'il advint à ces deux hommes. À la fusion lyrique des débuts succède la prise de conscience de divergences irréversibles. Ces lettres sont inséparables des engagements comme des errements politiques de l'époque, où le refus de l'indifférence, le courage, l'exigence de vérité ont pu se transformer en crédulité, en sectarisme. La fin ne peut qu'être tragique. André Gide pensait que le monde serait sauvé par "les hérétiques" et non par les conformistes. Aux lecteurs d'en juger sur pièces.

  • Durant l'année 1984, de nombreuses manifestations ont ramené dans les mémoires non conformistes, mais aussi snobinardes ou catéchisées, un nom diabolique (nos amis communistes ou catholiques - et nous en avons beaucoup - diraient : "sulfureux") : celui d'un vagabond de génie, grand écrivain roumain d'expression française : Panaït Istrati qui, fait rarissime, écrivit d'abord presque toute son oeuvre dans notre langue après l'avoir apprise, dès 1916, dans Rousseau et Voltaire, alors qu'il était en soins dans un sanatorium en Suisse. En janvier 1921, après une grave tentative de suicide à Nice (square Albert 1er), il put entrer enfin en contact avec Romain Rolland, la conscience littéraire de l'époque, qui l'incita très paternellement à écrire tout ce qu'il avait dans la tête et sur le coeur et le surnomma, peut-être à tort, "le nouveau Gorki balkanique". Il devint le héros de toute la gauche française de l'époque (1924-1929), et même de la droite. Et il eut l'insigne privilège d'être invité à participer aux fêtes du 10e anniversaire de la Révolution d'octobre à Moscou, puis de pouvoir parcourir l'immense territoire soviétique (26 000 km en 16 mois) en compagnie de Nikos Kazantzaki dont il devint l'ami. Désenchantement... impossibilité de taire de qu'il avait vu... ce fut en 1929 (bien avant Gide) un récit authentique, « Vers l'Autre Flamme », une "bombe" pour les milieux littéraires... puis l'oubli volontaire, organisé, la "trappe" durant 35 ans ! Voici donc le livre-souvenir sur ce que fut et écrivit l'enfant et le docker de Braïla, le "pèlerin du coeur" cher à Joseph Kessel et à tant d'autres... Par ses idées, ses actes, un franc-tireur de la liberté et de la vérité.

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