• L'adolescence est réputée être le théâtre d'un moment de crise, de recherche, de découverte, d'interrogation métaphysique pour le jeune être humain. Au carrefour d'un passé qu'il aspire à surmonter et d'un avenir aux traits inconnus, celui-ci semble vouloir y traiter avec l'intraitable de sa condition native dont dépendent son identité et son marquage à l'intérieur d'une filiation. Mais l'adolescence se réduit-elle, comme on le croit communément, à l'âge dit « pubertaire », voué par principe à être traversé et abandonné derrière soi?? Qu'emportons-nous, au sortir de l'enfance, de cette enfance précisément?? Quant à l'éthique, quelle décision exige-t-elle de l'adolescent pour qu'il assure son entrée dans l'âge adulte?? À travers notamment une analyse de la figure d'Hamlet et une lecture du poème de Rimbaud intitulé « Jeunesse », Paul Audi se propose dans cet ouvrage de rattacher les caractéristiques du « moment adolescent » à une conception qui lui est propre de la finitude humaine. Il tente en même temps de mesurer la portée de cette affirmation que l'on doit à la psychiatrie française contemporaine, à savoir que « ce qui se passe en adolescence est une métaphore des problématiques de notre société ».

  • Dans cet essai au ton personnel, Paul Audi tente de dégager et d'éclaircir, parmi toutes les idées que le romancier Romain Gary a cherché à mettre en valeur, celles qu'il lui paraît urgent que nous entendions dans le contexte présent de la culture, qui fait désormais le moins de place possible à une éthique de la réjouissance. En prenant pour fil conducteur la phrase énigmatique de Gros-Câlin, le roman de Gary signé Émile Ajar : " J'attends la fin de l'impossible ", il s'interroge en priorité sur cette étrange utopie qui se dissimule à l'arrière-plan de tous les écrits de Gary et que cet idéaliste désenchanté, ce " clown lyrique ", disait vouloir poursuivre dans la vie envers et contre tout. Ce faisant, il parvient à mettre en perspective - comme pour mieux se la réapproprier - l'espérance qui fut celle de Gary, comme elle est au fond celle de tout un chacun, de voir l'homme, cet être profondément inhumain, naître un jour à son humanité, qui n'est autre que la reconnaissance de son essentielle fragilité.
    Dans cette nouvelle édition, complétée de trois essais, inédits pour deux d'entre eux, Paul Audi, tout en réfléchissant sur le sens de ses partis pris philosophiques, approfondit les raisons de l'importance qu'il convient selon lui d'accorder à cette " attente ", à cette vive espérance, déjà en elle-même impossible, qui soutient de part en part l'oeuvre de Gary comme elle soutient peut-être aussi l'existence même de l'être humain. Il tâche aussi de dégager, parmi toutes les idées que Gary a cherché à défendre, celles qui lui paraissent urgent d'entendre dans le contexte actuel de la culture dominante, qui fait désormais le moins de place possible à une éthique de la " réjouissance ".

  • Jubilations

    Paul Audi

    "L'acte de création repose-t-il sur une nécessité ? Et si oui, laquelle ? Si « créer, c'est jouir », de quelle nature est le désir qui préside à la naissance comme à l'amour des oeuvres ? Telles sont les questions autour desquelles Paul Audi a choisi de rassembler dans ce livre, parfois léger et parfois grave, des essais composés par lui au cours des dix dernières années. En s'appuyant sur certains phénomènes (la pulsion, l'incarnation, le sexe, le désespoir, l'amour, l'esprit), l'auteur cherche ici à éclairer la façon dont l'alliance de l'éthique et de l'esthétique pourrait encore dresser des pôles de résistance à une époque, la nôtre, où le simulacre est devenu le seul mode de représentation agréé et où la pulsion de mort règne sur la culture dite dominante."

  • Michel Henry (1922-2002), philosophe et romancier, appartient à la famille des phénoménologues « sans monde » (avec Lévinas, et peut-être Derrida), que l'on pourrait opposer à celle des phénoménologues « du monde » (Heidegger, Merleau-Ponty).
    Reprochant aux systèmes philosophiques d'oublier l'essentiel de la vie, Michel Henry élabore une « phénoménologie de la vie » qui entend ne pas trahir son mode de manifestation, qui reste dans cette sphère d'immanence où la vie apparaît comme ce qui se sent soi-même. Comprendre le « Moi » et les phénomènes du monde à partir du « vivre » et de son auto-affection, tel est le vrai ressort de cetteOEuvre dense et rigoureuse.
    On se propose ici d'en restituer le mouvement, depuis l'Essence de la manifestation jusqu'à Paroles du Christ en passant notamment par Marx, Généalogie de la psychanalyse et Voir l'invisible. Sur Kandinsky, et d'expliciter certains de ses thèmes majeurs: la duplicité de l'apparaître la vie en tant qu'autorévélation dynamique et pathétique l'auto-affection comme essence de l'affectivité le corps l'ipséité du sujet le rapport à l'Autre l'immanence.
    En conclusion, on fait le point sur la trajectoire parcourue par cette philosophie, partie d'une révélation phénoménologique pour aboutir à une Révélation religieuse. En quoi la rencontre d'Henry avec la « vérité du christianisme » demeure-t-elle de nature philosophique? Penser « l'essence de la manifestation » permet-il d'emprunter d'autres chemins que ceux qui conduisent au seuil de la foi? On proposera un début de réponse et quelques perspectives.

  • L'homme est un animal problématique. Il est cet être qui ne cesse de buter contre lui-même et dont la tâche éthique est de faire de cette chute un problème, de la même façon qu'il lui arrive de faire de sa tenue, de sa reprise ou de son redressement, une solution, elle-même fruit d'une intense résolution. Pour cette raison, si le problème est dans la chute, si ce problème est cette chute même, il importe de reconnaître que celle-ci ne forme pas seulement l'échéance la plus immédiate de l'homme, mais qu'elle est aussi sa chance. Complétant la réflexion menée dans Supériorité de l'éthique (PUF, coll. Quadrige ), le présent essai se propose d'explorer les principaux paradoxes sur lesquels repose l'éthique.

  • En s'appuyant sur des textes de Kierkegaard, cette étude entend montrer en quoi et comment l'autorité de l'auteur se trouve liée à toute forme de création, et pourquoi il convient de porter l'accent de l'analyse sur le devenir-auteur, c'est-à-dire sur la manière subjective dont un auteur parvient, au travers de sa création, à prendre position au nom de soi.

  • Le destin de Mallarmé n'aurait-il pas été différent, et sa dernière poésie, Un coup de dés jamais n'abolira le hasard, peut-être plus accomplie, s'il n'avait pas eu la hantise de s'arracher à lui-même, en espérant soumettre sa pensée aux possibilités transcendantes d'un logos universel ? Faire l'expérience des limites de sa pensée, n'est-ce pas plutôt une chance à saisir, qu'une catastrophe ?

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