• Mai 68  : tous les cocktails ne sont pas Molotov. À quelques centaines de mètres de la Sorbonne où les étudiants font la révolution, l'hôtel Meurice est occupé par son personnel. Le plus fameux prix littéraire du printemps, le prix Roger-Nimier, pourra-t-il être remis à son lauréat, un romancier inconnu de vingt-deux ans  ?
    Sous la houlette altière et légèrement alcoolisée de la milliardaire Florence Gould, qui finance le prix, nous nous faufilons parmi les membres du jury, Paul Morand, Jacques Chardonne, Bernard Frank et tant d'autres célébrités de l'époque, comme Salvador Dalí et J. Paul Getty. Dans cette satire des vanités bien parisiennes passe le personnage émouvant d'un vieux notaire de province qui promène son ombre mélancolique entre le tintement des verres de champagne et les réclamations de «  rendre le pouvoir à la base  ». Une folle journée où le tragique se mêle à la frivolité. 

  • C'est au chevet d'un Marcel Proust mourant que s'affirme la vocation littéraire de Paul Morand ; et c'est dans le vacarme d'une modernité incarnée par Jean Cocteau qu'elle va s'épanouir. Ce rejeton de la bourgeoisie parisienne, éclairée, artiste, aura connu les astres de la bohème comme de l'élite républicaine ; deux mondes étanches qui vont former sa personnalité et dessiner sa double carrière de diplomate et d'écrivain.
    D'emblée, dans ses nouvelles et ses romans, Morand épouse les prouesses de son siècle en rompant avec un monde englouti à jamais par la Guerre. Il roule vite, il vole loin. La Terre a rétréci et il le fait savoir. L'écrivain au style étincelant, classique mais si reconnaissable, fait découvrir aux Français la magie de l'ailleurs. Sous de fausses allures de dilettante, cet amateur de sport et de jolies femmes trouve le temps d'écrire une oeuvre très ample qui ne s'arrêtera qu'à sa mort.
    S'il n'a jamais été fâché avec la géographie, Morand l'aura parfois été avec l'histoire. En 1940, il choisit Vichy alors qu'il est en poste à Londres. Sa proximité avec les rouages de la Collaboration et sa fidélité indéfectible à Pierre Laval lui vaudront, la guerre finie, des années d'opprobre, d'exil et de solitude, Cest à travers ses publications posthumes qu'apparaît au grand jour un antisémitisme longtemps occulté. La lecture d'archives jusqu'ici inaccessibles, journaux intimes, correspondances inédites, a permis à l'auteur de cette biographie, la première depuis un quart de siècle, de signer le portrait d'un Morand à tant d'égards méconnu. Cette existence, faite de trajectoires superposées, trouve enfin ses ressorts et sa vérité.
    Prix Goncourt de la Biographie 2021

  • Immortel, enfin

    Pauline Dreyfus

    • Grasset
    • 14 Mars 2012

    1968. Cinquième candidature de Paul Morand à l'Académie française. L'écrivain n'est plus l'auteur glorieux des années 30. Il a "perdu sa guerre". Il a 80 ans. Dix ans plus tôt, le général de Gaulle, lui reprochant sa collaboration avec le régime de Vichy, a refusé qu'il entre sous la Coupole. Pour qui sent la mort approcher, l'Académie n'est-elle pas la promesse de devenir immortel ?
    Et voici le récit de sa campagne, sa dernière campagne. On croise, dans son fameux salon du Champ-de-Mars, à Paris, Jean d'Ormesson, Patrick Modiano, Alexandre Viallate, mais aussi une jeune étudiante au Conservatoire qui s'est présentée pour faire la lecture à sa femme, Nathalie Baye.
    Le portrait vif, piquant, morandien, somme toute, d'un homme réconcilié avec lui-même et d'un écrivain parmi les plus grands.

  • De lui, on se souvient qu'il est entré dans la mémoire collective parce qu'il a fait abolir la peine de mort en France en 1981. Impopulaire lorsqu'il était ministre, la reconnaissance est venue bien plus tard. Aujourd'hui célébré par tous comme l'honneur de la gauche, il a pourtant mis des années à conquérir sa place dans le panthéon des Français. Contrairement à la nouvelle génération de gourvernants, Robert Badinter n'a jamais aimé parlé de lui, considérant que seules importaient ses idées. Pudique, il a toujours refusé d'écrire ses Mémoires. Sur ses origines, ses goûts, sa vie professionnelle avant l'arrivée de la gauche au pouvoir, il est d'une grande discrétion. Qui connaît au fond la nature de sa longue amitié et les secrets partagés avec François Mitterrand ? Qui sait que toute sa vie s'est joué en 1943, lorsqu'il a vu son père arrêté sous ses yeux par la Gestapo de Klaus Barbie à Lyon ? Que dès l'âge de quinze ans, il a décidé de vouer sa vie à la Justice ?

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