• Et j'ai découvert Thérèse, en même temps que je découvrais ma Messe en fa. Pendant les répétitions, j'avais écouté la Messe et Thérèse et, là, je les entendais.
    Alors, en pleine béatitude, j'ai senti l'amour s'abattre sur moi, comme d'autres sont foudroyés par la grâce, la foi. À moins que ce ne soit de ma propre musique que je sois tombé amoureux. Ou de l'amour lui-même. Ou de Dieu.

    Bien que mort prématurément à trente et un ans, Franz Schubert aura eu le temps de composer plus de mille oeuvres, dont quelque six cents lieder. Par-delà les siècles, comme le génial témoin revenu d'un voyage dans le temps, Pierre Charras fait entendre au présent la voix du compositeur, au plus près du processus créatif, et dessine les contours d'une âme tourmentée.

  • Au nom du pire

    Pierre Charras

    Quand ça frotte, que ça s'enraye et qu'il faut agir vite, on (le parti) envoie Goneau, Christian Goneau, un rondouillard teigneux et ficelle qui sait « trouver la faille, se méfier du contre et taper dur » ; « le contraire d'une dentellière », plutôt un « vidangeur » de la politique. Car cet expert en nature humaine que les femmes effraient est aussi un grand marrant. C'est ainsi qu'il débarque, le 12 juin 1995, entre les deux tours des municipales, dans une ville (peu importe laquelle) dont le maire, Michaux, en place depuis vingt-cinq ans, est en train d'avaler son écharpe, mis en ballottage par un chevau-léger de l'opposition. Goneau prend pied, rencontre, à défaut du maire étrangement invisible, Sylvie (la mystérieuse chef de cabinet) et Péron (le secrétaire général très investi)... Il hume, rôde, élabore. Tout cela fleure bon le ragoût provincial chabrolien.
    Mais soudain tout bascule et Au nom du pire, roman posthume de Pierre Charras, passe de la mascarade à la tragédie. Par l'effet d'un simple discours, tout se tend, s'électrise, la plus sombre mémoire que l'on avait tue revient en force : celle qui va de l'Occupation aux lendemains qui devaient chanter. Avec ce roman, Pierre Charras, homme d'une oeuvre « lucide, profonde et désabusée » comme l'écrit Philippe Claudel dans son fervent prologue, donne à la fois une grande leçon d'écriture - maîtrisant en virtuose la conduite (et les changements de cap) de son récit - et un coup de sonde redoutable dans le pire de la mémoire collective française, la pelant à vif, jusqu'à son coeur noir.
    « Les enfants des bourreaux sont des enfants, pas des bourreaux », nous dit l'exergue. Message reçu.

  • L'oiseau

    Pierre Charras

    Le ciel est plein d´anciennes étoiles aujourd´hui éteintes, que nous voyons encore alors qu´elles ne sont plus là. Il fait froid dans le ciel, et c´est depuis ce froid que le narrateur, peintre à succès, nous parle. Pour un peu, on pourrait le considérer comme une sorte d´étoile perdue dans l´obscurité. Une étoile éteinte, qui a brillé jadis. Mais cela ne sert pas à grand chose de briller lorsqu´à l´intérieur de soi, tout est mort depuis longtemps. Ce livre est une histoire d´étoiles et d´envol. Une histoire d´oiseau. Une histoire de vin. Une histoire de grand-père aussi, car sans doute est-ce parce qu´enfant le narrateur a vu s´envoler son grand-père, quitter terre grâce au vin, qu´il a voulu ensuite, à l´âge adulte, suivre le même chemin : le chemin du vin et celui du ciel. Bien loin au fond de celui des hommes. C´est si difficile d´être un homme, de le devenir et de le rester.

  • " on a honte de ses douleurs, on les cache, on les enterre, on les séquestre dans les placards.
    Et voici que quelqu'un exhibe les siennes et vient dire que tous les hommes en sont là, que, tous, ils mangent, dorment, aiment parfois pour quelque temps, avec le grand sérieux des animaux, sous le ciel plein d'étoiles et vide de dieu. et il dit cela à travers des images éblouissantes. parce que, oui, francis n'a pas beaucoup regardé de peinture dans sa vie, il n'y connaît rien, vraiment, rien de rien, mais là, bien sûr, il a tout de suite senti qu'il se trouvait en pleine beauté.
    ".

  • Lorsqu'on essaie d'écrire un roman, il y a toujours un moment où ça grippe. C'est alors qu'on se venge en disant très vite presque la même chose dans une nouvelle. La nouvelle, c'est le royaume de l'obsession, de l'idée fixe. Voyez vous-même avec ces huit nouvelles très noires.

  • Plop !

    Pierre Charras

    " Il y a bien longtemps déjà qu'Antoine n'a plus peur.
    Il continue cependant à boire, un peu par habitude, un peu par paresse. C'est souvent la même chose... Un peu -beaucoup ! -par goût, bien sûr. En réalité, il boit comme il respire, sans trop savoir pourquoi. Il pourrait aussi bien arrêter : il n'a seulement pas essayé, voilà tout. "

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