• La question religieuse occupe beaucoup l'espace de la discussion civile et politique. Mais c'est le plus souvent pour décliner les formes, réussies ou en échec, de l'intégration sociale. Ou pour en appeler à des programmes de déradicalisation. On y recourt aux sciences sociales, ou psychologiques, mais en se gardant d'entrer sur le terrain du religieux et des croyances. Or c'est là un appauvrissement et un aveuglement, du coup une voie sans issue. C'est que le religieux est porté par des pulsions humaines dont le déni se paie. Que ce soit dans ses visées, refoulées, ou dans certaines de ses inflexions, dangereuses. Le présent essai entend en ouvrir la «  boîte noire  », pour y faire voir ce qui s'y joue et comment. Il est notamment attentif à en circonscrire la forme de «  religion totale  », en articulation à une généalogie de l'histoire européenne, christianisme compris. Et attentif aux correctifs ici requis et possibles, sur le terrain même des croyances.

  • Ce titre tient une place marquante dans la collection « Jésus et Jésus-Christ » et méritait de ce fait cette nouvelle édition soigneusement revue. Articulant l'approche historique et systématique à la lumière des différences confessionnelles, entre catholiques Romains et la Réforme, mais aussi entre Calvin et Luther, ou entre la Réforme et l'anabaptisme, cette présentation de la christologie de Calvin met en évidence un sens accusé de la transcendance de Dieu, et aussi, du poids des réalités humaines, histoires, charnelles et séculières. Elle propose là une représentation stimulante du Christ médiateur éternel comme de son oeuvre de salut.Paru à l'occasion du cinq-centième anniversaire de la naissance de Calvin, cet ouvrage montre donc à quel point la christologie calvinienne aide à repenser le thème de la médiation: aussi bien la médiation entre Dieu et l'homme, manifestée par le Christ, que les médiations interhumaines, ecclésiales, culturelles ou sociales. Point central et toujours en débat au coeur de la foi chrétienne. Et point crucial au coeur des débats de la modernité avec elle-même.Une collection de référence en christologie sous la direction de Monseigneur Doré.






  • Table des matières
    ABRÉVIATIONS
    BIBLIOGRAPHIE
    INTRODUCTION
    CHAPITRE I. — LA QUESTION DU JÉSUS HISTORIQUE OU LA PERTINENCE THÉOLOGIQUE DE L’HISTOIRE
    I. REPÈRES HISTORIQUES
    A. L' « Aufklärung »
    1. Un nouveau type de critique
    2. Le modèle de pensée de l'« Aufklärung » classique (nouveau type d'affirmation)
    a) rupture et mutation (autonomie et prima causa)
    b) un penser en forme d'alternatives
    c) un refus d'accorder pertinence à l'histoire
    B. L'historicisme
    1. Primat de la continuité
    2. Une conception linéaire du temps
    3. La distance comme accident et non comme fait d'origine
    4. Fiction du primum movens
    5. Une identification du fait et de la vérité
    II. BULTMANN
    1. Le refus de faire de l'histoire le fondement de la foi
    2. Dieu comme autre
    3. « Geschichte » et « Historie »
    4. Théologie et histoire
     
    III. KÄSEMANN
    1. Käsemann ne renoue pas avec une position de type historiciste
    2. Une prédication en forme de récit
    3. « Geschichte » et « Historie »
    4. Notre situation d'interprètes
    5. Sur quoi porte l'interrogation théologique
    6. Continuité entre Jésus et le kérygme : un modèle récusé (Braun, Robinson)
    7. Discontinuité et pluriel ; le modèle théologique de Käsemann
    8. Radicalisation de la critique que Bultmann adressait au 19e siècle
    9. Une fonction théologique accordée à l'histoire
    10. Rupture ou continuité par rapport aux 18e et 19e s
    11. Conclusion : la pertinence théologique de l'histoire
    12. Bultmann, Käsemann et la « nouvelle question » du Jésus historique : tentative d'interpréter leurs rapports réciproques
    CHAPITRE II. — LE CANON OU L’ABSENCE D’UNE ORIGINE AUTO-SUFFISANTE 
    INTRODUCTION
     
    I. KÄSEMANN
    Préliminaire : refus de l'historicisme
    THÈSES DE KÄSEMANN
    1. Caractère pluriel du Nouveau Testament
    2. Contradictions du Nouveau Testament
    3. Rupture du rapport continu à la tradition
    4. L'interprète se fait historien
    5. Référence aux prédications orales perdues
    6. Le canon comme lieu
    7. Le « canon dans le canon » comme principe de lecture
    8. Reprise de la question de la tradition
    9. Le Nouveau Testament comme modèle théologique
    10. La question de l'origine
     
    II. ERNST FUCHS
    1. Le texte, écho d'une Parole originaire
    2. La Parole ouvre le « temps de Dieu »
    3. La foi, corrélat de la Parole
    4. Une recherche de l'origine
    5. La tâche herméneutique : retrouver une contemporanéité avec la Parole
     
    III. GERHARD EBELING
    1. Le texte renvoie à un actus tradendi
    2. La priorité de l'oral sur l'écrit
    3. La foi, corrélat de la Parole
    4. Une quête de l'unité
    5. Tâche théologique et méthode historico-critiqueIV. CONCLUSION : LA FIGURE
    1. La figure ou l'achèvement de l'origine
    2. Contingence et détermination
    3. Clôture et création : l'interprétation comme créationde nouvelles figures, corollaire du caractère clos de l'origine
     
    EXCURSUS : LA RUPTURE KANTIENNE
    1. Critique et dépassement de l’ « Aufklärung »
    2. Perdurance de certains thèmes de l'« Aufklärung »
     
    TRANSITION
    CHAPITRE III. —   L’APOCALYPTIQUE OU LA PORTÉE MATÉRIELLE ET GLOBALE DE LA REVENDICATION ÉVANGÉLIQUE
     
    I. THÈSE DE KÄSEMANN
    1. L'apocalyptique, mère de la théologie chrétienne : rupture par rapport à l'histoire « officielle » de la théologie
    2. L'argumentation de Käsemann (articles de 1960 et 1954)
    3. La Justice de Dieu
    4. Apocalyptique et parénèse
    II. ERNST FUCHS
    1. Figure concrète et pertinence théologique
    2. La théologie comme critique
    3. Vérité comme occurrence présente et priorité du thème de l'évidence
    4. La tâche théologique : explicitation et non prophétie
     
    III. GERHARD EBELING
    1. Théologie et mythologie : une quête du « motif » sous-tendant l'énoncé théologique
    2. Divergence quant à la manière de poser la question de l'origine
    3. L'apocalyptique comme perte du sens de l'histoire
     
    IV. RÉPONSE DE KÄSEMANN
    1. Le lieu de naissance de la théologie et sa fonction : militance et énonciation
    2. Statut de la théologie : réponse et correspondance
    3. Radicalisation du thème de l'historicité : le non-dit de l'herméneutique de Fuchs et Ebeling, héritage de la modernité cartésienne
    4. Valorisation de l'apocalyptique
    5. Vers une théologie de l'histoire ?
    CHAPITRE IV. — LA PENSÉE PAULINIENNE THÉOLOGIE DE LA CROIX ET PRIMAT CHRISTOLOGIQUE
    I. L’HORIZON DE LA PENSÉE PAULINIENNE : LA PRIORITÉ DU MONDE SUR L’INDIVIDU
     
    II. PAUL, UN MODÈLE THÉOLOGIQUE
    1. Refus de l'enthousiasme et théologie de la croix
    2. Le service, épreuve de vérité3. L'obéissance ou l'irréductible singularité
    4. La « Nachfolge » ou la communauté de destin
    5. Une solidarité radicale avec le monde 6. Primat christologique
    7. Un arrière-fond typologique ou l'épaisseur de l'histoire réconciliée avec l'intempestif du jugement
    8. La Promesse, point d'Archimède
    9. Le présent entre le souvenir et l'anticipation
    10. La représentativité ou comment dépasser l'alternative présence-absence
    11. Justification gratuite de l'homme-sans-Dieu ou théologie de l'histoire ?
     
    III. UNE REDISTRIBUTION DES CONCEPTS DE FOI, AMOUR ET ESPÉRANCE, OU DU SACREMENT COMME HISTOIRE À L’HISTOIRE COMME SACREMENT
    1. Une priorité du corps
    2. La liberté comme renvoi à un nouvel ordre de choses
    3. La foi comme pratique
    4. Du sacrement comme histoire à l'histoire comme sacrement
    5. Théologie de l'amour ou théologie de la Justice ? primat de l'espérance
    IV. EN CONTREPOINT À LA THÉOLOGIE DE PAUL : JEAN ET L’ÉPÎTRE AUX HÉBREUX
    A. Jean ou lorsque la priorité de Dieu a du mal à faire droit à l'histoire
    1. Une histoire sans caractères contingents déterminés
    2. Une priorité radicale du théologique sur l'histoire
    B. L'épître aux Hébreux : itinérance et langage de l'exaltation
    1. Un penser en termes d'histoire : de l'itinérance à la figure structurante
    2. Le schème théologique de l'exaltation
    3. Le témoignage, synthèse de la Promesse et de l'histoire
    CHAPITRE V. —   KÄSEMANN FACE A QUELQUES-UNS DE SES MAITRES ET DE SES PRÉDÉCESSEURS OU COMMENT LA THÉOLOGIE ASSUME LA MODERNITÉ
     
    INTRODUCTION
    I. UNE THÉOLOGIE SOLIDAIRE DES MÉTHODES HISTORICO-CRITIQUES
     
    II. UNE THÉOLOGIE MODERNE ?
    1. Semler ou la naissance de la méthode historico-critique
    a) Critique et dépassement de l'« Aufklârung »
    b) Perdurance de certains thèmes de l'« Aufklärung »
    c) Semler et Käsemann : similitudes et différences
    2. La méthode historico-critique au XIXe siècle : un certain destin de la théologie
    A. Baur ou la totalité mais au prix d'un primat accordé à la continuité
    1) L'histoire ou le dépassement des alternatives de l'« Aufklärung »
    2) Baur contre Schleiermacher
    3) Critique de Kâsemann : la mise en avant de l'histoire débouche sur une conception téléologique,
    continue et nécessaire
    B. Troeltsch ou le primat de la description
    III. UN REFUS DE L’IMMÉDIATETÉ ET UNE INSTANCE DE JUGEMENT OU L’HÉRITAGE DE LA « THÉOLOGIE DIALECTIQUE »
    1. Kâsemann à l'école de la « théologie dialectique »
    2. Käsemann critique de la « théologie dialectique », notamment de Bultmann  
    IV. RÉINTRODUIRE LA CONSISTANCE DE L’HISTOIRE DANS UNE THÉOLOGIE DU JUGEMENT
    1. Un héritage de Schlatter
    2. La redécouverte de Luther au début des années vingt
    3. Peterson ou la primauté de l'Eglise, de l'histoire et du dogme
     
    V. CONCLUSION : la modernité. Esquisse d'un classement typologique et tâche théologique
     
    CHAPITRE VI. — QUEL PENSER DE DIEU ? ALTÉRITÉ ET CONTINGENCE 
    INTRODUCTION : où EST DIEU ? MAIS QUEL DIEU ?
     
    I. CRITIQUE DE LA CONCEPTION MODERNE DE DIEU
     
    II. PRÉLIMINAIRES EN VUE D’UNE POSITION ÉVANGÉLIQUE DE LA QUESTION DE DIEU
    1. Penser ensemble Dieu et le passé
    2. Un débat avec l'héritage grec
    3. Identité et altérité
    4. Une théologie de la création
    5. Distance ; pratique ; finitude
     
    III. DIEU ET HISTOIRE
     
    IV. LE CRUCIFIÉ
    CHAPITRE VII. — QUEL STATUT POUR LA THÉOLOGIE ? POSITIVITÉ ET JUGEMENT
    I. LA THÉOLOGIE COMME DISCIPLINE POSITIVE
    1. Une priorité accordée à l'histoire
    2. Une histoire comme texte (éthique, politique, culture)
    3. Organisation méthodologique
    4. Vers une fonction de la théologie comme théorie
    5. Une priorité accordée au thème de la tradition
     
    TRANSITION : VERS UNE MÉTATHÉORIE ?
    II. LA THÉOLOGIE COMME GÉNÉALOGIE
    1. La généalogie ou la question du jugement
    2. Pluriel et autonomie : christologie et radicalisation de la modernité
    3. Priorité historique et primauté théologique. le schème de l'identification
    4. Croire ou savoir ? Contingence et le conflit des interprétations
    5. La figure : narrativité et poétique (Kant ou Hegel ?) 
    CONCLUSION : QUESTION D’ÉPISTÉMOLOGIE
    THÈSES ET ÉPITHESES

  • Jean-Luc Nancy et Sarah Kofman, deux lecteurs de Blanchot en différend.

    Jean-Luc Nancy dialogue avec Maurice Blanchot sur le fil historique du communisme et d'un fondement théologique inavouable de la communauté comme étant d'emblée humaine et politique. Y a-t-il entre communisme et communion une déconstruction possible du « commun » qui restitue le tragique ? Trois interlocuteurs l'interrogent ici dans cette configuration, où c'est la « déconstruction du christianisme » qui opère l'autocritique de la modernité.
    Sarah Kofman traverse et déplace le texte-Blanchot, sa pensée de l'écriture et de l'« absolu » de l'histoire, pour revenir à la parole et à la lecture « après Auschwitz ». Dans cette épreuve, l'intellectuel est le témoin contraint de dire. Parvenir à renverser cette contrainte périlleuse en « parole sans pouvoir » rouvre un pouvoir de tenir parole, laisser parler, promettre, qui seul s'oppose au « pouvoir de tuer ».
    Sans spéculer, mais sans renoncer à la rigueur philosophique, ce livre appose ces deux dialogues en valorisant leur différend. Et avec Nancy lui-même, deux interlocuteurs interrogent le geste méconnu de Kofman.
    Les interrogations du livre arpentent un espace pluriel négligé de l'autoréflexion culturelle marquée par la perte de la modernité - perte de l'expérience de la liberté et du temps, et perte de la confiance dans la culture. Pour frayer d'autres voies dans le rapport des sociétés contemporaines à elles-mêmes, où règnent trop uniment le présentisme, le désenchantement politique et la disjonction des sphères publiques.

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