• Une véritable enquête, enrichie de témoignages de l'époque, pour découvrir un homme au destin exceptionnel.
    En écrivant en 1921 cette biographie de Charles de Foucauld, assassiné le 1er décembre 1916, René Bazin révélait au grand public une figure encore assez peu connue, même si certains milieux vantaient déjà sa science et une foi chrétienne missionnaire qui en faisaient un pionnier. De son vivant, Charles de Foucauld avait lui-même émis l'idée de confier à René Bazin le projet d'un livre capable de révéler au public la situation humaine et spirituelle des populations en Afrique saharienne. L'auteur a fait un véritable travail d'enquête sur les lieux de la vie du Frère Charles. Convaincu qu'il était en présence d'un « saint », il s'est contenté de tracer l'itinéraire de sa vie et de le faire parler.
    Le livre contient d'abondantes citations de Foucauld lui-même. Ce livre qui fut un best-seller (200 000 exemplaires) était paru chez Plon. Épuisé, il est toujours demandé. Les héritiers de René Bazin ont décidé de l'éditer à nouveau, chez Nouvelle Cité. En effet, cette oeuvre majeure demeure une source et un document, comme le souligne le cardinal Paul Poupard dans sa préface. Charles de Foucauld a été béatifié le 13 novembre 2005.
    Découvrez la réédition de ce best-seller, un document unique sur la vie du religieux et ermite Charles de Foucauld.
    EXTRAIT
    Le 15 septembre 1858, naissait à Strasbourg Charles-Eugène de Foucauld, dont j'essaierai de raconter l'histoire.
    L'enfant n'était pas d'origine alsacienne. Son père, François-Édouard, vicomte de Foucauld de Pontbriand, sous-inspecteur des forêts, appartenait à une famille du Périgord, d'ancienne chevalerie, qui donna des saints à l'Église et de bien bons serviteurs à la France, et dont il importe que je dise ici quelque chose, parce que le mérite des ancêtres, même inconnu, même oublié, continue de vivre dans notre sang et nous porte à l'imitation.
    D'après le généalogiste Chabault, le nom de Foucauld est connu depuis 970, époque où Hugues de Foucauld, ayant donné une part de ses biens aux abbayes de Chancelade et de Saint-Pierre-d'Uzerches, se retirait du monde, et, afin de se mieux préparer à la mort, entrait au monastère. Un Bertrand de Foucauld, parti pour la croisade avec saint Louis, tombait à la bataille de Mansourah, en défendant son roi contre les musulmans. Un autre, Gabriel, était délégué par le roi François II, pour épouser par procuration la reine Marie Stuart. Jean, chambellan du dauphin, assistait au sacre de Reims, près de Jeanne d'Arc. Dans plusieurs lettres, Henri IV appelle Jean III de Foucauld « son bon et bien assuré amy » ; pour mieux lui dire encore son amitié, il le nomma gouverneur du comté de Périgord et vicomte de Limoges : « Je puis vous assurer, monsieur de Lardimalie, lui écrit-il, que j'ai en estime vous et votre vertu, et que j'ai autant de contentement de vous que vous sauriez le désirer. » Bel autographe qui valait un gouvernement, et devait durer davantage.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    René Bazin (1853-1932), élu membre de l'Académie Française en 1903, fut tout à la fois professeur de droit à l'Université Catholique d'Angers, journaliste sur des voyages parfois lointains, biographe et surtout romancier.

  • À la Fromentière, vivent les Lumineaux, vieille famille de métayers maraîchins depuis tant de générations qu'on ne sait plus les compter. Il y a d'abord Toussaint Lumineau, le père, attaché à la terre qu'il cultive par un amour viscéral. Courageux et fier, il a bien du mal avec ses enfants, à commencer par Mathurin, l'infirme, amoureux transis, mauvais à force de malheurs, puis François et Lionore, paresseux, éternels insatisfaits qui vont quitter la terre pour une vie qu'ils pensent meilleure à la ville. Mais le vieux Toussaint espère encore. Ne reste-t-il pas Driot, le beau chasseur d'Afrique qui doit revenir reprendre les rênes ? Mais Driot saura-t-il résister au chant des sirènes de l'Amérique ? Et qu'adviendra-t-il de la fraîche et généreuse Rousille qui a « donné son amitié » au valeureux Jean Nesmy, un « dannion », un Boquin, valet de surcroît, que le fier Toussaint a chassé ? L'intrigue se déroule sur fond d'abandon de la terre par ses propriétaires de l'aristocratie, et pendant l'implacable exode des fils de fermiers et métayers vendéens. René Bazin nous livre là un témoignage poignant de la vie paysanne à l'entrée du XXe siècle, dans ce merveilleux marais vendéen secret et mystérieux, qu'il sait si bien dépeindre.

  • Le vieil Alfred Demeester est un homme d'un caractère bourru. Tisserand à Roubaix, c'est aussi le roi des archers, c'est-à-dire qu'il est champion de tir à l'arc, sport très populaire en Flandre. Veuf, il a dû élever ses deux filles tout seul. La plus jeune est une institutrice laïque dévouée et sans histoire. L'aînée Adéline va déshonorer son père en laissant son mari, un ouvrier alcoolique et violent. Adéline abandonne aussi sa fille Claire, une adolescente innocente qui sera recueillie par le Roi des archers. Claire va-t-elle réussir à persuader son grand-père de pardonner à sa fille ? Ce livre raconte, avec précision, le chemin de misère et de réconciliation d'une famille. Des gens humbles et pauvres, mais pétries de fierté et de traditions, une famille ancrée en Flandres, entre France et Belgique. Ce roman est l'un des derniers ouvrages de René Bazin, publié en 1929. Dans ce roman social, l'auteur décrit avec réalisme les conditions de vie d'alors, dans le milieu ouvrier textile, de la Région du Nord et des Flandres. L'auteur : René Bazin aimait retranscrire la « majesté des souffrances humaines ».

  • Sicile

    Rene Bazin

    A Marseille, le 22 août, trois heures de l'après-midi. - Il fait une belle chaleur sur le quai de la Joliette. La terre brille les pieds. Le soleil rejaillit en éclaboussures comme une pluie d'orage : reflets de la poussière, des maisons blanches, de l'eau qui miroite, des coques noires et rouges où courent des rubans de flamme. Où est le bateau ? Vingt paquebots chauffent à la fois, alignés côte à côte, leurs proues aiguës vers le large.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Il me semble que j'avais une douzaine d'années, mon frère en avait dix. Nous vivions un peu plus que les vacances réglementaires à la campagne, les médecins ayant déclaré que je vivrais seulement à cette condition ; et nous étions grands dénicheurs de nids, grands chasseurs à la sarbacane, assoiffés d'aventures et lecteurs convaincus de Mayne Reid et de Gustave Aymard.Dès le matin, de bonne heure, quand l'herbe est lourde de rosée et que les oiseaux sont en éveil, cherchant les graines, piquant les mouches, grimpant aux troncs des arbres, nous courions lever nos pièges ou bien les cordées tendues aux endroits creux de la rivière.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


  • « M'y voici, en terre d'Espagne. Ne vous étonnez pas, mon ami, si je ne débute par aucune considération générale. Je ne connais rien du pays, - si ce n'est la petite Fontarabie, qui dort dans son armure ancienne, - ni rien des gens. Je n'ai, de plus, fait aucun plan, aucun projet, sauf de bien voir. Et je vous dirai, au jour le jour, ce que j'aurai visité le matin, entendu l'après-midi, rêvé le soir en prenant mes notes »

    Une observation de voyageur, d'ethnographe et de poète qui font revisiter l'Espagne de jadis, celle de la fin du XIXème, en passant par les villes de St Sébastien, de Bilbao, puis jusqu'à Santander et la mer, puis Burgos est ses paysages magnifiques ou encore Valladolid, la ville rose de Salamenque, Avila et enfin Madrid ; sans oublier Cordoue et sa mosquée, Grenade et son musée de l'Alhambra ou Gibraltar avec sa montagne fortifiée...
    Suivi de « Baltus le Lorrain » : un roman poignant, émouvant, plus intimiste aussi, qui raconte les affres de la guerre de 14 et la perte d'un fils pour une mère qui en deviendra folle...


    Format professionnel électronique © Ink Book édition.


  • René Bazin (1853-1932)
    "Chaque dimanche, elles prenaient le petit chemin de fer de Saint-Aubin ou celui de Gorey, descendaient à une station au hasard, le long de la mer, et s'enfonçaient dans la fraîche campagne de Jersey..."
    "Madame Corentine" est un drame psychologique relatant le tiraillement d'une adolescente entre deux parents séparés. Les préjugés, les différences sociales, les caractères trempés de sa grand-mère et de sa mère font que les tentatives de Simone, pour retrouver une vraie famille, ont besoin de toute son ingéniosité d'adolescente pour aboutir !
    La société bretonne vue par un Angevin.

  • Elle est agréable à voir, après l'affreux Mont-Cenis, la grande plaine lombarde. Les barbares, au temps lointain, subirent son irrésistible séduction. Je crois qu'elle était alors ce qu'elle est aujourd'hui : toujours ensemencée, toujours fertile, toujours verte, et merveilleusement irriguée. Quelle fraîcheur sort de ces petits canaux, qui enveloppent le promeneur de leurs mailles bleues ! Ils traversent les routes, coupent les champs, se rapprochent, s'écartent, tombent dans un grand fossé qui porte plus loin l'eau fécondante, jamais lasse de courir, jamais perdue.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Les Noellet

    Rene Bazin

    René Bazin (1853-1932)

    "Comme ils sont tristes, ces soirs d'octobre ! Il y a dans l'air une moiteur qui fait mourir les choses. Les feuilles tombent, comme lasses de vivre, sans le moindre vent qui les chasse. Des troupes d'oiseaux reviennent au nid. Et, par le chemin qui monte, un chemin creux de la Vendée angevine, que les orages nettoient et qu'émondent les chèvres, un jeune gars rentre à la ferme, à cheval sur la Huasse.
    Elle n'est plus belle, la Huasse, avec ses poils blancs ébouriffés, son ventre énorme pelé par l'attelage, sa crinière en éventail, qui lui donnent l'air d'un chat-huant. Elle va son pas résigné de serviteur usé à la peine, traînant sur les cailloux les traits pendants de son collier, tandis que, par devant, son poulain gambade, comme un petit chevreuil blond et fou. Son cavalier ne la presse pas. Ils sont, elle et lui, presque du même âge. Depuis quinze ans qu'il est au monde, elle l'a si souvent porté sur son dos, de cette même allure maternelle que rien n'étonne ! Maintenant, c'est sa compagne de labour. Toute la journée, ils ont hersé ensemble dans les terres basses. La chaleur était grande, les mottes étaient dures. Tous deux sont las. Il la laisse donc aller, la bonne bête, aussi doucement qu'elle veut, les yeux mi-clos, et lui, tranquille, dépassant la haie de toute sa tête baignée de lumière, il regarde cette campagne superbe dont il est l'enfant."

    Les Noellet sont une famille de métayers sans problèmes. Julien, le père, espère que Pierre, l'un de ses deux fils, lui succédera à la tête de l'exploitation . Mais Pierre est ambitieux et veut se sortir de sa condition sociale : il décide de devenir prêtre...

  • Davidée Birot

    Rene Bazin

    Institutrice de l'école laïque pour filles dans un village de tailleurs de tuiles d'ardoises, Davidée Birot se tourmente pour l'âme de ses petites filles. Le tragique destin de l'une d'entre-elles lui montre le chemin à suivre... Extrait : Vous êtes encore une débutante après trois ans et demi de professorat, et, comme une nouvelle arrivée, naïve, après six mois de séjour à l'Ardésie. Et vous me faites pitié ! Vous ne parlez pas de mariage, mais vous entretenez, vous cultivez, vous perfectionnez votre sensibilité ; à propos d'une enfant malade, d'une femme qui meurt, d'une grève, d'un chat qui miaule ou d'un martinet qui se casse l'aile, je vous vois vous agiter, souffrir, chercher la solution du problème du mal, tandis que vous n'êtes qu'une pauvre petite institutrice adjointe, exilée au bourg de l'Ardésie, jalousée par le curé, peu écoutée des habitants, surveillée par l'administration, et en somme assez mal partie. Fausse route ! Croyez-moi : vivez pour vous, faites le nécessaire pour avancer, ayez une bonne classe, bien tenue, des cahiers propres : le reste est du superflu dont personne ne vous saura gré. Pas de zèle pour la correction du mal ; un joli doute universel, qui vous fera bien voir ; surtout pas de rêve d'amour conjugal. L'autre, vous pouvez y rêver, si cela ne contredit pas vos principes. Mais le mari de l'institutrice de village, qui est-il ? Trois fois sur quatre, un homme qui vit de nous, de notre travail. Et quand nous le prenons parmi les instituteurs, nous renonçons à l'avancement, car il en faut de la chance, pour trouver les deux postes vacants, l'un à côté de l'autre ! Et puis, ma petite, je ne connais pas beaucoup de nos collègues masculins que je consentirais à épouser... Non, voyez-vous, il faut aimer le métier pour lui-même, mettre son coeur entre deux feuilles de papier buvard pour qu'il se dessèche bien, dire toujours oui à l'administration, et arriver à la bonne petite retraite, sans se fouler trop.

  • Donatienne

    Rene Bazin

    Donatienne est l'histoire d'une jeune bretonne mariée et mère de famille qui part à la ville comme nourrice pour aider financièrement son mari et ses enfants. Happée par le tourbillon des conversations des autres bonnes, par leur amoralité, enivrée par le luxe, l'argent gagné sans efforts, elle oublie les siens et devient la maîtresse d'un valet déluré. Son mari chassé par la misère de sa ferme erre sur les routes avec les trois enfants et finit par échouer en Auvergne où il travaille comme manoeuvre dans une carrière... Donatienne est un personnage complexe et très humain avec ses failles et son courage. Ce personnage a parcouru un cycle de vie et de réflexions. Désir de fuir l'enfermement et la misère de la campagne, fascination de la ville et du luxe, oubli et mépris de son origine et de ses valeurs, échec, malheur, remords, solitude, remise en cause puis décision et enfin retrouvailles avec les siens et sa culture. La coiffe bretonne étant le symbole de son appartenance culturelle, elle la retire sous les moqueries des camarades en arrivant à Paris et la remet quand elle retrouve les siens. Ce roman, certes moraliste, s'attache à décrire, comme ceux des naturalistes, la condition sociale des bonnes, leurs logements, les bureaux de placement mais s'attarde aussi sur l'intériorité, la psychologie de Donatienne et surtout la complexité de son cheminement. La chute et la rédemption réunissent en un même personnage les figures de Madeleine et de Marie et lui confèrent une richesse qui l'éloigne de la caricature.

  • L'isolée

    Rene Bazin

    Les religieuses d'une école primaire à Lyon sont dispersées par la brutale application des lois laîques (1902-1905) et leur sécularisation rendue inévitable. L'une d'elles s'abandonnera jusqu'à la prostitution. Ce roman mêle la matière spirituelle et la fragilité humaine. D'un grand réalisme spirituel. Extrait : Ses quatre compagnes l'entouraient, et le sourire du revoir était encore sur leurs lèvres. Il fallait un instant pour que la nouvelle s'enfonçât jusqu'au coeur. Mais elle toucha partout le fond même de ces âmes, plus capables de souffrir que d'autres, parce qu'elles avaient plus d'amour. Il n'y eut pas de cris, mais des frémissements, des mots murmurés, appels à Dieu qui était leur force et leur refuge, des fronts qui se penchèrent, des mains qui se rapprochèrent, des paupières qui se fermèrent sur la première larme et tâchèrent de la retenir.

  • La barrière

    Rene Bazin

    Extrait : Personne n'est plus occupé à causer, à boire le thé, personne ne somnole. Un homme rassemble toute l'attention éparpillée. Il est le héros. Les joueurs et les joueuses du club, leurs amis et amies, le considèrent avec émotion. Son nom est prononcé par tous ceux qui n'ont pas voulu crier : « Réginald ! » Quelqu'un dit : « Il me rappelle le jeu du plus remarquable champion que j'aie connu. Même souplesse. C'est dommage qu'il appartienne à l'armée des Indes. Il deviendrait célèbre. » Lui, à peine la dernière balle lancée, entendant : « Hurrah ! », il a eu un sourire bref et plein, une sorte de remerciement à la vie, à la lumière du printemps, à l'air qui vient tout vierge de la mer, par-dessus la barrière de petits sapins, de fusains et de lauriers ; il a cherché, un instant, autour de lui, la jeune fille qui lui a servi de second, bien inférieure, évidemment, mais de bonne volonté, adroite, aimable, il l'a remerciée d'un geste de la main, et aussitôt après, le visage redevenu grave, Réginald Osberne Breynolds a rapidement saisi la veste que lui tendait un collégien émerveillé. Par-dessus la chemise, il a endossé un vêtement de flanelle ample, rayé noir, jaune et rouge ; il a resserré la ceinture de soie noire qui retenait le pantalon de flanelle blanche, et à pas allongés, entouré d'une douzaine de jeunes gens et de jeunes filles qu'il dépassait d'une demi-tête, il est venu saluer sa mère.

  • René Bazin (1853-1932)

    "- Comment s'appelle-t-elle, votre histoire ?
    - L'histoire de la marquise Gisèle.
    - Un joli nom, observa Thérèse. Savez-vous, mon parrain, que vous ne m'avez pas encore fait compliment de mon dessus de clavier ? Regardez : tout au passé, vieux rose et vieil or sur fond blanc. Est-ce joli ?
    - Ce sera surtout inutile.
    - Oh ! inutile ! dit Thérèse, en penchant sa tête blonde sous le rayon de la lampe, pour nouer un brin de soie derrière la bande de drap. Et quand ce serait ? Je fais assez de choses utiles, ici, monsieur mon oncle et parrain, pour avoir le droit de broder le soir un tapis de piano.
    - On dirait une robe de cour !
    - Eh bien ?
    - Pour un logis comme les Pépinières, Thérèse !
    - Justement, c'est ce qui me plaît, à moi : des dessins qui courent bien, des couleurs, de la soie, de la laine fine. Riez, si vous voulez : cela repose les doigts, les yeux, le coeur. N'est-ce pas, mère ?
    En face, de l'autre côté du guéridon, une femme encore jeune, vêtue d'une robe foncée à gilet mauve, leva la tête, en laissant retomber posément ses deux mains qui tenaient une dentelle au crochet. Ses yeux bruns très calmes, l'ovale plein de ses joues, la bouche mince et un peu longue, la ligne noble des épaules, attestaient en elle une race affinée. À droite, un petit homme tout blanc et tout nerveux, ridé, l'oeil gris, les cheveux foisonnants autour d'une calotte de velours, la barbe divisée en deux pointes, comme une queue d'hirondelle, se redressa à demi dans le fauteuil où il sommeillait."

    Robert de Kérédol, ancien colonel, vit sa retraite chez Guillaume et Geneviève Maldonne ; il est le parrain de leur fille Thérèse dont il est secrètement amoureux. Il s'inquiète : un jour, Thérèse quittera, par amour d'un autre, le foyer où l'on est si bien tous les quatre. Et voici qu'apparaît Claude, un jeune voisin...

  • René Bazin
    (1853-1932)


    "- Pour un joli jour, c'est un joli jour, mademoiselle Évelyne. C'est comme votre nom. En avez-vous eu de l'esprit, de choisir un nom pareil !
    - Dites ça à maman : vous lui ferez plaisir.
    - Je ne la connais pas. Mais je ne manquerai pas l'occasion, si madame Gimel vient déjeuner chez moi. Évelyne ! On voit tout de suite la personne : blanche, frileuse, des yeux bleus, de la distinction, des cheveux de quoi rembourrer un matelas, et fins, et du blond de Paris, justement, couleur de noisette de l'année...
    - Madame Mauléon, je demande l'addition, je suis pressée !
    - Oui, oui, je comprends, je suis trop familière. Avec vous, il n'y a pas moyen de s'y tromper ! Vos cils parlent malgré vous : ils se rapprochent, ils frémissent quand vous êtes fâchée ; ils s'étalent pour dire merci...
    La grande jeune fille, debout à côté du bureau de la crémière, ne put s'empêcher de rire.
    - C'est vrai, dit-elle, mes camarades m'appellent quelquefois « mademoiselle aux yeux plissés ».
    - Ah ! la jolie poupée vivante que vous faites ! Et sage, avec cela ! Dites, mademoiselle Évelyne, vous m'accorderez bien deux minutes ; j'ai à vous...
    La crémière s'interrompit :
    - Mais enfin, Louise, donnez donc un carafon au 4. Monsieur attend depuis cinq minutes !
    En parlant, madame Mauléon s'était penchée, pour désigner le client du 4, et le tablier de linon à bretelles, qu'elle portait, se sépara du corsage et fit poche. Elle aimait le blanc, madame Mauléon."


    Mademoiselle Gimel est dactylographe ; c'est une jeune fille sage et jolie. Elle est remarquée par un lieutenant, Louis Morand. Les deux jeunes gens se plaisent... Un obstacle pourrait-il empêcher un mariage ?
    Suivie de 4 autres nouvelles :
    "Le petit cinq" - "Le testament du vieux Chogne" - "Aux petites soeurs" - "Le Raphaël de M. Prunelier".

  • Nord-Sud

    Rene Bazin

    René Bazin (1853-1932)

    "23 avril. - Promptement, la mer a été mauvaise. Toute la nuit, le vent a poussé contre nous, droit sur l'avant, les longues barres de la houle. J'entendais comme des cloches qui appelaient. Étaient-ce les lames faisant sonner les tôles ? Je disais : « Pas tout de suite, cloches de l'office dernier ! Vous ne détruirez ni nous, ni cette France magnifique à son premier voyage et que toutes les nations regardent. » Je crois bien que chacun a pensé à la mort, chacun selon son âge, son éducation et l'habitude de son coeur. Non qu'il y eût danger : mais nous nous sommes embarqués au lendemain du désastre du Titanic, et le plus durable écho de ces pauvres appels, il est là, chez nous, qui succédons aux victimes sur la route.
    Cependant, aux flancs du bateau, ce matin, dans la poussière qui vole au-dessus des collines d'eau éventrées, un arc-en-ciel nous suit. Des nuages passent et l'effacent. Il renaît avec le soleil, et je regarde ce petit arc, où vivent et voyagent les couleurs des jardins, dans l'immensité bleue, d'un bleu de métal, bleu terni par le vent. Le chef télégraphiste frappe à la porte de ma cabine. Il me tend une enveloppe que je déchire. Je retire un papier plié en carré, je l'ouvre, je lis d'abord les mots qui sont là pour moi seul, et, avant de remercier, afin de cacher peut-être mon émotion, je continue de lire, je parcours les lignes imprimées en tête de la feuille. Il y a ceci : « Radiotélégramme en provenance de Paris, reçu du poste extra-puissant de Poldhu (Angleterre), le 22 avril 1912, à 11 heures du soir, France étant à 1.000 milles de ce poste. » Je venais d'apprendre, par les deux mots qui suivaient, que tout allait bien dans ma maison de Paris."

    Recueil de chroniques de voyages : Amérique - Angleterre - Corse - Spitzberg

  • Baltus le Lorrain

    Rene Bazin

    Jacques BALTUS, dit Baltus le Lorrain, est instituteur. Son fils a disparu pendant la grande guerre, ce qui a rendu sa femme un peu «folle». Elle le croit encore vivant et met des morceaux de pain à tous les carrefours des chemins, pour nourrir ce fils qui ne vit que dans son esprit. Le père fait le voyage à Verdun en compagnie de sa fille Orane, pour essayer de retrouver la dépouille du fils... Extrait : Quand deux jeunes gens s'en vont ainsi, ne se regardant pas l'un l'autre, mais graves, le visage levé, disant aux étoiles, à voix basse, des mots que n'entendent point les parents qui les suivent, on peut être assuré que l'amour est entre eux. La mère, épuisée, possédée d'autres songes, avait perdu, depuis longtemps, ce don qu'ont les mères d'interroger sans cesse, en esprit, leurs filles un peu grandes et en danger d'amour. Marie Baltus ne voyait que ceci : par la nuit sans lune, elle avait, pour la mieux guider sur le chemin, le chef de culture de la Horgne, un homme qui avait la confiance du maître, et auquel celui-ci avait dit : « Reconduis-les jusqu'à la route. »

  • René Bazin (1853-1932)

    "Ils sortaient des ateliers et des usines de la Ville-en-Bois, les mains et le visage rouillés par la fumée, par les débris du fer, du cuivre, du tan, par la poussière qui vole autour des poulies en marche. Sept heures sonnaient encore à des horloges en retard, et c'était vers la fin de mai. Une douceur était dans l'air. Ils sortaient. Le ronflement des machines diminuait ; au-dessus des cheminées de brique, les spirales de charbon en poudre commençaient à s'amincir ; des voix s'élevaient entre les murs de la rue de la Hautière et du vieux chemin de Couëron, dans la partie haute de Nantes, voisine de Chantenay.
    Heure saisissante où le travail lâche son armée par la ville ! Recrues, vétérans, filles, femmes, petits auxquels on aurait donné dix ans, si le timbre de leur voix et la perversité précoce des mots n'avaient révélé en eux de jeunes hommes, ils se divisaient au-delà des portes des usines, montaient, descendaient, coupaient par les ruelles, vers le gîte où la soupe les attendait. Les groupes se formaient en route. Les femmes retrouvaient leurs maris ; les frères, les amants, les camarades logés dans le même garni se rejoignaient, sans hâte, sans plaisir apparent. Quelque chose de morne et d'usé, même chez les jeunes, ternissait l'éclat des regards ; le poids de la journée pesait sur tout ce monde, et la faim commandait en eux. On se disait de grosses choses lourdes, des plaisanteries sans entrain, des bonsoirs rapides. Cependant, il y avait, çà et là, des visages roses de gamines ; des têtes imberbes et vagues de jeunes Bretons des pays d'Auray et de Quimper, que l'usine n'avait pas encore entamés ; des yeux qui s'en allaient, levés, avec un rêve ; quelques anciens, rudes comme de vieux soldats, qui tenaient dans leurs mains des mains d'enfants, et marchaient sans rien dire, dans une joie lasse et muette. Le vent soufflait de la Loire, de la mer lointaine. Des grappes de lilas, débordant l'arête des murs, en deux ou trois endroits pendaient sur la foule grise."

    Nantes, fin du XIXe siècle. Henriette Madiot, une ouvrière modiste élevée par un oncle licencié pour accident, fait tout ce qu'elle peut afin de soulager la misère qui l'entoure...

  • Ma tante Giron

    Rene Bazin

    René Bazin, né à Angers le 26 décembre 1853 et mort à Paris le 20 juillet 1932, est un écrivain français, à la fois juriste et professeur de droit, romancier, journaliste, historien, essayiste et auteur de récits de voyages. extrait : Il ramassa la bête, examina la blessure, -- une demi-douzaine de grains de plomb dans la nuque, -- et se donna le plaisir de glisser lui-même la victime dans la carnassière du garde, déjà pleine, sur laquelle s'arrondissait, luisante et glorieusement usée par endroits, une peau de sanglier. Puis il atteignit un flacon d'huile, une brosse courte, un paquet de chiffons, et s'assit sur l'herbe. Le baron Jacques, que l'ardeur de la jeunesse et le dépit d'un coup manqué poussaient en avant, s'était déjà remis en route. Il se retourna en disant : --~Mais, venez donc, il y a des perdr...

  • Ce roman est l'histoire morale d'un pauvre homme lié au sort d'un pays de forêts et de culture. L'histoire se déroule en Nivernais où, sur la propriété d'un général, travaille une équipe de bûcherons. Le domaine est administré par Michel de Meximien, le fils du propriétaire. En ce début de XXe siècle, la campagne nivernaise connaît de profondes mutations. Le machinisme fait son apparition dans les campagnes. L'Église a perdu toute influence. Les ouvriers prennent conscience que l'union fait la force. L'un des plus anciens bûcherons, Gilbert Cloquet, a fondé le premier syndicat d'ouvriers agricoles de la région. Mais il s'est laissé déborder par les plus extrémistes, qui l'ont évincé pour confier la tête du syndicat à des politiciens. Gilbert est en plus déshonoré par la conduite de sa fille et touche le fond de la douleur. De leur côté, les propriétaires doivent se résoudre à quitter un domaine agricole qui est resté plus de quatre siècles dans la famille : le général veut s'en séparer pour pouvoir assurer le train de vie de son épouse.

  • Stéphanette

    Rene Bazin

    Extrait : Cette question fut résolue, et le roman s'écroula lorsqu'un mois plus tard il découvrit Stéphanette dans la boutique de la rue de l'Aiguillerie. Il fut très étonné de la trouver fille d'un brocanteur. Mais il l'aimait, et, trop ignorant de la vie pour savoir quelle barrière le monde mettait entre un homme de sa naissance et une fille d'aussi petite condition, il se fit un point d'honneur de garder, malgré cette découverte, la même amitié à la pauvre Stéphanette.

  • Terre d'Espagne

    Rene Bazin

    Terre d'Espagne est un récit de voyage de René Bazin publié en 1895.
    Résumé
    | L'auteur arrive à St Sébastien en 1894. Puis il va par le train à Bilbao où le socialisme monte chez les ouvriers. Il va ensuite à Santander par la mer. Puis à Burgos avec un paysage magnifique. Il va ensuite à Valladolid. Puis à Salamanque, ville rose. Il va ensuite à Avila. Puis Madrid. Il va à l'Esorial, demeure de Philippe II. Puis à Tolède. Il va ensuite à Lisbonne, où coule le Tage. Puis à Cordoue (Espagne) avec sa super mosquée. Il va ensuite à Grenade avec son musée de l'Alhambra. Puis à Gibraltar avec sa montagne fortifiée. Il va ensuite à Tanger (Maroc). Puis il revient en Espagne à Cadix. Il va ensuite à Séville avec sa manufacture de tabac. Puis il revient à Madrid.|
    |Source Wikipédia|

  • Le coeur de ce roman, c'est le drame d'une femme, Sophie Ehrsam, veuve d'un industriel bien implanté à Masevaux.
    Au moment de la déclaration de guerre, ses deux fils qui avaient repris provisoirement l'entreprise familiale, se déchirent sur le choix de leur engagement patriotique : Pierre, l'aîné jovial et direct, fait le choix de s'évader vers la France et de s'engager dans l'armée ; Joseph, le second, plus réservé et secret, est convaincu du futur succès allemand.

  • Joseph Oberlé est un riche industriel qui s'accommode de la tutelle allemande et envoie son fils faire ses études de droit en Allemagne. Il envisage pour sa fille Lucienne un mariage avec un Allemand. Pourtant, sa femme, Monique, et son fils Jean ne sont pas de ce point de vue. Eux partagent l'opinion majoritaire de résistance aux Prussiens. Ils vont s'opposer aux projets de Joseph...

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