Littérature générale













  • Extrait
    Françoise osait à peine bouger. Elle contemplait
    dans la demi-pénombre le petit nez retroussé de
    Claire, ses lèvres entrouvertes. Elle respirait le parfum
    du corps endormi contre le sien. Elle aurait voulu le
    toucher, s'imprégner de sa chaleur, savourer la finesse
    de la chair qui vivait à côté d'elle. Il ne fallait pas.
    Claire se fâcherait sans doute si Françoise la réveillait
    plus tôt que prévu.
    Au bout de quelques minutes, elle se leva avec
    d'infinies précautions, chercha ses mules à tâtons,
    enfila son peignoir, sortit de la chambre en refermant
    la porte sans bruit. Depuis trois mois qu'elles vivaient
    ensemble, elle s'émerveillait encore chaque jour de la
    beauté de son amie.
    Amoureuse. Voilà, c'était simple. Pour la première
    fois, amoureuse d'une femme. Ce qui lui aurait semblé
    absurde et impossible il y a tout juste un an lui
    paraissait aujourd'hui évident. Elle était amoureuse.
    Claire, si jolie, si attachante, correspondait tellement
    à ce que Françoise avait toujours recherché
    vainement chez les hommes qu'elle l'acceptait comme
    un cadeau. Claire lui avait apporté la gentillesse, la
    complicité. Une certaine stabilité aussi. Sans compter,
    et pourtant elle savait que c'était beaucoup, une plénitude
    sexuelle qui la comblait.
    Françoise entra dans la minuscule cuisine éclaboussée
    par le soleil, brancha la bouilloire, le grille-pain,
    sortit le beurre et la confiture du réfrigérateur, se glissa
    dans le coin-toilette. Elle se sentait encore engourdie
    par leur plaisir nocturne. Heureuse d'une lassitude
    bienfaisante.
    Le peignoir et le tee-shirt tombés, apparut dans le
    miroir un corps mince, nerveux. Un corps de jeune
    fille sportive malgré la quarantaine qui approchait. Une
    peau mate, d'une jolie teinte ocre, remarquablement
    unie grâce aux soins constants et à son hygiène de vie.
    Elle s'examina sans complaisance. Empoigna ses
    seins par-dessous, les pressa. Ils se tenaient encore
    comme à vingt ans. Elle saisit à pleines mains la chair
    de ses hanches, là où la graisse menace, pinça en tirant,
    esquissa un sourire en constatant à quelle vitesse elle
    reprenait son aspect initial. Elle frappa son ventre d'une
    claque sonore, son sourire s'accentua.




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