• Les séries ont tout changé : nos loisirs, nos vies, notre rapport à la culture. La « sériephilie » que ces grands récits du XXIe siècle suscitent le prouve : elles sont le coeur de la culture populaire aujourd'hui. Pour Sandra Laugier, fan parmi les fans, elles produisent également une philosophie nouvelle - non pas une philosophie des séries, mais de véritables oeuvres de pensée. Aux ressorts traditionnels de la fiction (romans, films) -
    identification à des personnages, représentations du monde -, la série oppose l'attachement, le care qu'elle suscite chez le spectateur. Aux stéréotypes de genre, elle substitue nombre d'individus singuliers, souvent des héroïnes, aux prises avec les épreuves de la vie ordinaire. En lieu et place de morale traditionnelle, elle bâtit un répertoire de situations, d'expériences et de formes de vie ; elle élabore une compétence du spectateur. Les séries sont le lieu d'une nouvelle conversation démocratique, telle est la thèse radicale de ce livre-somme de Sandra Laugier, pionnière en philosophie de l'étude des séries et du care en France.

  • Destins à tous vents
    La roue tourne... Nouvelle rentrée, nouveaux horizons. Heureusement, il reste tant à explorer ! Les terres de L'Amérique fantôme en premier lieu : celles des trappeurs et autres aventuriers francophones qui façonnèrent, au côté des Amérindiens des XVIe au XIXe siècles, un continent métissé bien éloigné de l'imaginaire manichéen des westerns. Celle des passionnantes Routes de la soie de l'historien Peter Frankopan, à paraître cet automne en « Champs ». Si vous ne l'avez lue déjà, vous ne manquerez pas cette « autre » histoire qui, des premiers temps de la christianisation à la guerre en Irak, en passant par l'expansion de l'islam, redonne aux pays qui bordent le trajet commercial de la soie leur place névralgique dans le destin du monde. Et, place quand même à l'Europe ! Renouant avec les histoires naturelles de Pline à Linné, le paléontologue Tim Flannery nous détaille la genèse de notre Supercontinent, ce carrefour de l'évolution, qui a fait d'un territoire ouvert à tous vents l'asile d'une exceptionnelle diversité du vivant. Le vivant, justement, l'historien Dan Jones et l'artiste Marina Amaral l'insufflent à quelque deux cents clichés d'archives qui, une fois colorisés, constituent une histoire aussi spectaculaire qu'inattendue des années 1850 à 1960. C'est, ici, la guerre de Crimée, là, l'ère de la vapeur, plus loin, la conquête spatiale. De l'âge des empires à celle des superpuissances, se déploie une scène où dansent titans et tyrans, meurtriers et martyrs, inventeurs et destructeurs.
    Pareillement, les images sont au coeur de Parking Péguy, cet objet littéraire non identifié. Ils se sont mis à deux, la plume (l'essayiste Charles Coustille) et l'oeil (le photographe Léo Lepage), pour nous faire rencontrer, grâce aux traces qu'il a laissées sur le territoire de France, un des plus grands écrivains de son temps. Charles Péguy, fauché dans les premiers jours de 14-18, a légué son nom à 427 rues, avenues, écoles. Et si ces lieux nous permettaient d'écouter enfin ce que ce prophète avait à nous dire ?
    Lisons encore, lisons toujours ! Il se pourrait même que cela nous rende heureux...
    SOPHIE BERLIN
    Directrice des sciences humaines

  • Ce livre original, écrit par un sociologue et une philosophe, analyse le sens politique de la désobéissance, en l'articulant à une analyse approfondie des actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d'aujourd'hui Les raisons de se révolter ne manquent pas. Mais en démocratie, s'engager dans un combat contre l'injustice, l'inégalité ou la domination est un geste qui doit s'exprimer sous une forme d'action politique acceptable. Parmi ces formes se trouve la désobéissance civile : elle consiste, pour le citoyen, à refuser, de façon non-violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire parce qu'il la juge indigne ou illégitime, et parce qu'il ne s'y reconnaît pas. Cette forme d'action est souvent considérée avec méfiance : pour certains, elle ne serait que la réaction d'une conscience froissée, puisqu'elle n'est pas articulée à un projet de changement politique ; pour d'autres, elle mettrait la démocratie en danger en rendant légitime un type d'action dont l'objet pourrait être d'en finir avec l'État de droit. Ce livre original, écrit par un sociologue et une philosophe, analyse le sens politique de la désobéissance, en l'articulant à une analyse approfondie des actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d'aujourd'hui - à l'école, à l'hôpital, à l'université, dans des entreprises, etc. Il montre comment ces actes s'ancrent avant tout dans un refus de la logique du résultat et de la performance qui s'impose aujourd'hui comme un mode de gouvernement. À la dépossession qui le menace - de son métier, de sa langue, de sa voix -, le citoyen ne peut alors répondre que par la désobéissance, dont le sens politique doit être pensé.

  • Largement ignorés par la réflexion éthique et politique, les " liens faibles " sont pourtant au coeur des formes contemporaines d'attachement et d'attention aux autres : dans les réseaux sociaux, dans la sphère culturelle, dans notre rapport à l'espace urbain ou à l'environnement, ou encore dans l'espace démocratique du commun.

    Si la notion de " liens faibles " a été initialement forgée par le sociologue Granovetter pour rendre compte des ressources sociales inaccessibles aux liens forts (comme la famille, l'amour, l'amitié, le travail, etc.), elle permet d'interroger notre rapport aux visages, objets, musiques, personnages de fiction, aux sentiments, aux lieux et situations du quotidien qui déterminent notre relation aux autres. Grâce à cette notion, nous pouvons observer en quel sens nos affinités esthétiques ou encore nos engagements éthiques et politiques infléchissent nos existences.

    C'est donc aux ressources du concept de " liens faibles " pour saisir notre monde commun que se consacre ce volume polyphonique, avec l'ambition de rendre sensible la texture invisible de nos vies et de nos attachements ordinaires.

  • Dans son usage actuel, le terme " populisme " traduit une facilité de langage qui conduit à ranger sous la même étiquette d'un côté les discours racistes, misogynes ou homophobes, et de l'autre, le rejet des politiques néolibérales ou l'exigence d'honorer les promesses de la démocratie. Un anathème bien commode dont Sandra Laugier et Albert Ogien explorent ici la nature profondément antidémocratique, celle qui nie au " peuple " la capacité de prendre en charge les affaires publiques.
    L'usage extensif et indifférencié du terme " populisme " traduit aujourd'hui la prégnance de ce que Albert Ogien et Sandra Laugier appellent l'antidémocratie, c'est-à-dire le refus de reconnaître que les citoyen.ne.s ont la capacité de prendre collectivement des décisions respectueuses de l'égalité, de la justice et de la dignité de tou.te.s.
    Cette répugnance n'est pas l'apanage des ennemis déclarés de la démocratie. Elle se donne à entendre chaque fois qu'on hésite à accorder une liberté nouvelle aux individus, qu'on craint l'expression de leur jugement ou qu'on limite leur intervention dans la vie publique. Derrière cette méfiance, il y a le soupçon de l'incapacité du " peuple " à s'occuper des affaires publiques et le risque de chaos que la société courrait si on confiait la responsabilité de gouverner à ces " incompétents ".
    À partir de l'analyse d'événements récents (terrorisme, crise grecque, Nuit debout, élections), le livre plaide en faveur de l'accroissement du contrôle que les citoyen.ne.s exercent sur les institutions publiques, en s'appuyant sur leur intelligence collective et en écoutant la voix de chacun.e. Il rappelle également que l'usage de la langue pèse sur la manière dont on pense et pratique la politique. Il soutient enfin que dénoncer toutes les expressions de l'antidémocratie contribuerait à élaborer non pas une postdémocratie, mais une démocratie enfin réelle.

  • La notion de " formes de vie " a émergé il y a une dizaine d'années et circule dans des domaines variés, de la biologie à la philosophie en passant par la sociologie, la science politique et l'anthropologie.

    La notion de " formes de vie " a émergé il y a une dizaine d'années et circule dans des domaines variés, de la biologie à la philosophie en passant par la sociologie, la science politique et l'anthropologie.

    Mais qu'entendre par " formes de vie " ? Un ensemble de pratiques, d'usages de nature variée, qui donnent à la vie commune des caractères propres, pour ainsi dire diffus, explicitement ou implicitement présents dans les croyances, la langue, les institutions, les modes d'action, les valeurs. Une forme de vie est toujours, en ce sens, particulière, c'est pourquoi il existe des formes de vie, plus qu'une forme de vie.

    De l'étude de ses divers sens chez des auteurs aussi différents qu'Adorno et Wittgenstein à sa portée critique et politique et à ses incidences éthiques, cet ouvrage déploie toutes les dimensions de cette nouvelle approche. En particulier, la porosité entre les sphères privée, sociale, économique et politique, et la nouvelle articulation du social et du biologique.

  • Penser l'autonomie aujourd'hui consiste avant tout en une tâche critique : faire la synthèse des arguments qui, depuis les années 1970, contestent la priorité de l'autonomie et suggèrent de la reléguer au rang des idéalisations politiques et morales du siècle des Lumières. Mais c'est aussi une tentative positive pour réhabiliter une vision différente, tenant compte de son importance pour les individus. Cette double démarche est au coeur de ce volume collectif rassemblant des auteurs de disciplines variées (philosophie, sociologie, psychanalyse), structuré autour des axes suivants : l'articulation entre l'autonomie et la subjectivité, la confrontation de l'autonomie et des diverses formes d'individualisme, l'étude des vulnérabilités de l'autonomie au carrefour des compétences et dépendances dans nos expériences et nos relations sociales. Ce volume entend présenter les enjeux d'une conception "décentrée" de l'autonomie qui, en faisant de la relation à autrui le pivot de la relation à soi, éviterait et renverserait à la fois l'aliénation et le conformisme.

  • Twin Peaks ou The Wire, plus récemment Breaking Bad ou Game of Thrones... en quelques décennies, les États-Unis ont révolutionné le genre de la série télévisée par la qualité de leur production, laquelle a suscité un important travail d´analyse dans le monde anglo-américain. La parution du premier ouvrage français consacré à la série pionnière Buffy contre les vampires (1997-2003) constitue à ce titre un jalon important dans un pays qui accuse encore du retard pour ce qui est de la recherche sur les médias et la culture populaire.Buffy est en effet particulièrement emblématique, par sa qualité d´écriture et son intérêt philosophique, des ambitions théoriques dont sont capables les séries. C´est ce que vise à montrer cet ouvrage riche des contributions de disciplines variées : philosophie, mais aussi anthropologie, littérature comparée, psychanalyse et sociologie.

  • Les perspectives féministes connaissent depuis une trentaine d'années un développement considérable dans le champ académique anglo-saxon. Si les analyses en termes de genre sont désormais connues du public français, l'idée de care - mot habituellement traduit par soin, attention, sollicitude - n'a pas trouvé un accueil aussi évident, sans doute en raison de sa dimension provocatrice. En réintégrant dans le champ des activités sociales significatives des pans entiers de l'activité humaine négligés par la théorie sociale et morale, ces approches ébranlent la partition entre des registres habituellement disjoints. Les questions triviales posées par le care - qui s'occupe de quoi, comment ? - font appel à une anthropologie différente comprenant dans un même mouvement la vulnérabilité, la sensibilité, la dépendance. Elles mettent en cause l'universalité de la conception libérale de la justice, installée en position dominante dans le champ de la réflexion politique et morale, et transforment la nature même du questionnement moral. L'irruption récente du Care dans le débat public rendait nécessaire une réédition de l'ouvrage de 2006, qui présentait les principaux textes de référence sur la question. Il y manquait cependant une contribution de la principale théoricienne du care, Carol Gilligan, dont l'oeuvre fondamentale, In a Different Voice (1982), était à l'arrière-plan de toutes les réflexions de l'ouvrage. Cette lacune est comblée dans la nouvelle édition.

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