• « Un lent et raisonné dérèglement des sens », préconisait Rimbaud, engagé dans une expérience poétique dont le lecteur trouvera ici des résonances.

    Mais Le Dérèglement dont nous parle la voix véhémente de Yann Bourven, dans ce texte qui bouscule les limites du roman, est aussi celui du monde dans lequel nous vivons, les « suprêmes barbaries » pressenties par le visionnaire des Illuminations. Ce monde délibérément insensible et cruellement formaté, crispé sur son unique règle, celle de la pensée unique face à laquelle l'écriture poétique - déréglée, forcément - constitue l'un des derniers bastions de résistance.

    « Je suis le révolté criblé de balles de dettes et de mauvaises pensées qui se glisse entre les mailles d'un filet-patrie oppresseur. »

    Né en 1978, Yann Bourven construit une oeuvre qui explore sans trêve ce territoire qu'il nomme « poésie-vérité ». Sont également parus aux éditions Sulliver : Maclow, Ville-Fièvre et Chroniques du diable consolateur.

  • « Réalité-jour » : la sauvagerie marchande gouverne le monde, s'appuyant sur ses suppôts, la société tragilibérale, la Sainte Flibanque... Pour lui échapper, Alan Beffroi cherche résolument refuge dans sa « Réalité-nuit » : la dérive nocturne dans la ville, les rencontres improbables, le dérèglement...
    « La Réalité-nuit c'est oublier sa vie d'avant, sa vie d'asservissement. »
    Et quand, sous les coups de boutoir de l'imaginaire, les réalités s'inversent, le jour se délite et la nuit prend le pouvoir.
    « On dit que toute l'Europe occidentale est touchée. Plongée depuis 96 heures dans le noir complet. »
    Voici Beffroi en cavale avec un enfant dangereusement halluciné et une belle Anglaise revancharde dans un monde sens dessus dessous qui n'est peut-être que l'expression de sa propre tempête mentale. Et -au risque de retomber en servitude- pas d'autre choix que d'aller au bout de cet élan créateur. Pas d'autre choix que de s'affirmer poète en rupture dans un monde sans poésie.

    « Roman d'action poétique », ou encore « roman d'aventure intérieure », ce texte transgressif affirme la primauté de la liberté du créateur et sa capacité à influer par sa vision sur le monde qui l'entoure.

    À moins de 40 ans, Yann Bourven publie son huitième roman, poursuivant livre après livre l'exploration d'une « poésie-vérité » qui fait advenir par la seule puissance du verbe le réel véritable si souvent masqué par les artifices d'une réalité truquée.

  • À Maclow, ville concentrationnaire cernée de remparts battus par la mer, un ressuscité - Une « Ombre » - revient hanter les quartiers où il a vécu. Son parcours onirique dans cette cité devenue jungle urbaine nous fait découvrir les pans à la dérive d'une société en phase ultime de décomposition. L'individu n'est plus rien, à Maclow, et les valeurs n'ont plus cours.
    « Maclow, fin de journée, les gens rentrent chez eux, voûtés, ne se regardent plus, ne se parlent plus, se méfient, s'épient, se jugent, fantômes enfiévrés, vidés, exténués. »
    Sous cette parabole chaotique, cauchemar extrême de notre monde revisité par un poète en rupture, perce l'appel à la nécessaire utopie - seule planche de salut -, exprimée ici avec une vigueur rarement égalée.

    Né en 1978, Yann Bourven construit une oeuvre qui explore sans trêve ce territoire qu'il nomme « poésie-vérité ». Sont également parus aux éditions Sulliver, Le Dérèglement et Chroniques du diable consolateur.

  • Un homme et une femme dans la grande ville. Deux artistes, deux amants intranquilles. « Je nous vois cernés et haletants dans notre grand lit, Ihnès. » La menace et l'angoisse sont partout : « Ne vois-tu pas que les jours s'écoulent nerveusement ? On a l'impression que Paris est au bord de la guerre civile. » L'angoisse, la menace, c'est « la Réalité-jour », ce réel de plus en plus poisseux et violent qui recouvre tout, imprègne les êtres et les dérègle.
    Comment résister à cette intrusion vénéneuse autrement qu'en allant puiser en soi, dans son inconscient, les armes de la révolte, le « soulèvement intime », la « révolution du dedans » ? Douze chapitres fiévreux se succèdent, comme autant de combats où le rêve - qui est souvent cauchemar - tente de s'opposer au réel par la puissance de l'imaginaire. Douze chroniques où le Diable consolateur du langage en rupture se dresse comme un ultime rempart. Et nous voici en fuite sous la « Lune avorteuse », le long du « Fleuve noir », embarqués pour « de folles virées dans Tragédie-City ».
    « Nous sommes les enfants sacrifiés, qui se loveront parmi les ruines futures de cette civilisation ultralibérale (oui je sais j'utilise des mots de commentateurs avisés en attendant que ça passe, que ça s'effondre comme un château de cartes). »

    Né en 1978, Yann Bourven publie ici son septième roman, construisant une oeuvre qui explore sans trêve ce territoire qu'il nomme « poésie-vérité ». Sont également parus aux éditions Sulliver: Le Dérèglement (2009), et Maclow, Ville-Fièvre (2011).

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