• Illustres en leur temps, nombre de femmes sont tombées dans l'oubli sans raison apparente. Comprendre les causes et les modalités de cette invisibilisation qui n'atteint jamais la notoriété masculine, telle est l'ambition de ce livre.
    À travers vingt portraits de femmes d'exception qu'il ramène à la vie, il questionne cette stratégie, toujours à l'oeuvre, et sa fonction dans la perpétuation des assignations de genre. Ainsi se révèle le détournement de la notion même d'exception, dès lors qu'elle est attribuée à « la femme » postulée des siècles durant faible, fragile, inapte à créer et à agir dans la sphère publique. L'ouvrage décèle trois modes d'évitement : l'exceptionnalité féminine pathologisée ; l'amputation mémorielle ; et enfin l'instrumentalisation pour renforcer la règle du genre.
    La raison première de cet oubli mémoriel reste assurément le refus de l'égalité entre les sexes.

  • Institué en 1838 par une « loi de police et de bienfaisance », l'asile n abrite pas seulement, au XIXe siècle, les cas aigus de démence : il est aussi - surtout, peut-être, lorsqu'il s'agit des femmes - un lieu d'observation pour connaître et réduire au silence des conduites qui menacent, ou semblent menacer, l'ordre public ou privé. Folle, Adèle, qui se refuse à son mari ; folle, Camille, qui s'affiche avec un homme de vingt ans son cadet ; folle, Mlle L. qui, pour avoir frappé un agent, se retrouve à « l'hôpital spécial » (le même geste aurait mené un homme en prison)... Ce sont ces femmes que Yannick Ripa a voulu accompagner, d'abord sur le chemin qui les conduit de la normalité à la folie - qui est internée, et pourquoi ? -, puis derrière les murs du grand renfermement. La vie à l'asile est ici minutieusement décrite : monde quasi carcéral, où dominent souvent la pénurie, la surpopulation et la misère matérielle ; un « entre-femmes » où règne un homme seul, le tout-puissant « médecin spécial ». Peu de soins, en dehors de l'hydrothérapie, pratiquée parfois avec une violence meurtrière ; le « traitement moral », cette grande invention du XIXe siècle, qui devait faire comprendre à l'aliénée, par l'écoute et la douceur, l'aberration de ses raisonnements, est tôt perverti : la compréhension cède le pas à la contrainte. Élevés au rang de thérapie, le travail et la répression sont là pour réintégrer la femme dans un moule dont elle n'avait pu supporter la rigidité. Malade d'incompréhension, la folle devra « guérir » sans s'être jamais fait entendre ni comprendre... Silence, enfermement, soumission à des valeurs établies par des hommes et pour des hommes : n'est-ce point là l'image, grossie sans doute mais nullement déformée, de ce qu'était la condition féminine au siècle qui précéda le nôtre ?

  • Ce matin du 8 septembre 1854, trois hommes frappent à la porte d'Hersilie Rouy. Sans ménagement, ils la conduisent à la maison de santé de Charenton, à la demande de son demi-frère ; puis prétendument indigente, elle est placée à La Salpêtrière, sous le nom de Chevalier ! Erreur administrative ou malveillance...Voilà cette femme, professeur de piano et concertiste de 40 ans, qui n'a rien d'une « folle », perdue dans le labyrinthe asilaire, au milieu des hystériques et autres « agitées ». Or, Hersilie est une indocile : dès qu'elle proteste, c'est la camisole, et son quotidien se résume aux brimades des infirmières et aux traitements musclés des médecins qui, tout au long de son internement, diagnostiquent une folie lucide. Alors qu'elle n'a de cesse d'alerter les autorités de sa situation, elle n'est libérée qu'en 1868. Elle réclame aussitôt sa réhabilitation et une réforme des asiles, mobilisant la presse qui s'empare de « l'Affaire Rouy » ; elle transforme ce fait divers en une affaire nationale, politisée par les républicains de gauche, en lutte contre ces nouvelles Bastilles. Yannick Ripa suit pas à pas cette femme hors du commun et la fait revivre sous nos yeux ; parus après la mort d'Hersilie, les Mémoires d'une aliénée, dans lesquels la réalité dépasse souvent la fiction, sont un plaidoyer à charge contre l'asile et sa fonction politico-sociale au XIXe siècle.

  • Conseillère, mère, éducatrice, épouse, travailleuse, soignante, tricoteuse, féministe, pétroleuse, suffragette, pacifiste, résistante... les femmes ont endossé bien des rôles que l'histoire, plutôt attentive à l'événementiel et aux grands hommes, a longtemps passés sous silence ou caricaturés. Ce livre rend aux femmes leur mémoire et aux hommes le passé féminin. Il s'attache à décrire la réalité quotidienne. Tout en retraçant leur présence, leur figuration ou leur absence sur le devant de la scène de la Révolution française à la Seconde Guerre mondiale, il dessine une chronologie qui leur est propre et analyse les rapports de sexe. Il découvre ainsi les femmes, actrices de l'Histoire, et confirme qu'une histoire sans les femmes n'est plus possible.

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