• Il était une fois sur cent : rêveries fragmentaires sur l'emprise statistique Nouv.

    Des années durant, l'écrivain Yves Pagès a glané toutes sortes de statistiques, notant dans un carnet des centaines de pourcentages. De ce vertigineux inventaire, il a fait un livre étrange qui, entre jeu littéraire à la Raymond Queneau et réflexions philosophiques à la Theodor Adorno, reconstitue par fragments le tableau d'une société infestée par une vision comptable du monde. Difficile de rompre la glace du monstre statistique, d'échapper à ses ordres de grandeur qui prétendent tout recenser de nos faits et gestes, quantifier nos opinions, mettre en coupe réglée nos vies matérielles. Sous emprise comptable, chacun se sent casé d'office, sondé de bas en haut, pris au piège. Mais alors, comment nous soustraire au grand dénombrement ? Sans prétention d'exhaustivité, l'auteur se propose de passer ces données brutes au tamis de rêveries interprétatives, pour traquer leurs failles implicites ou les confronter à d'autres cas de figure.
    À la logique de la quantification de toutes choses, il oppose, par collage, accumulation et divagation, une poétique de l'absurde.
    Par-delà cet art du détournement stylistique, il nous livre en pointillé une analyse caustique de la condition des vivants à l'ère de la gouvernance par les nombres, agrémentée de quelques suggestions paradoxales pour passer entre les mailles du filet statistique.

  • Hiver 1910. Jean-Jacques Liabeuf, 24 ans, ouvrier cordonnier dans le quartier des Halles, est injustement condamné pour proxénétisme par des ripoux de la brigade des moeurs. Il entreprend de laver son honneur par ses propres moyens : des brassards cloutés, une lame affûtée et un revolver. Il devient un légendaire « tueur de flics » dont l'action d'éclat fera de nombreux émules, tout en gagnant la sympathie de la presse révolutionnaire. Après un procès retentissant, son exécution donnera lieu à l'une des plus grandioses émeutes populaires du XXe siècle, aux cris de : « Vive Liabeuf et mort aux vaches ! » Un an plus tard naissait la bande à Bonnot.

    Yves Pagès est auteur et éditeur chez Verticales (Gallimard).

  • Bruno Lescot est en cavale. Sa jeunesse, il l'a passée à collectionner les délits, jusqu'à son dernier exploit, ce faux braquage qui a coûté la vie à un policier. Aujourd'hui, coupable tout désigné aux yeux des juges, il préfère disparaître. C'est donc sans lui que se déroule son procès, et que s'enchaînent les expertises et les témoignages de ceux qui l'ont côtoyé. Le portrait qui se dessine alors est celui d'un homme de sac et de corde, aux fidélités multiples, prêt à toutes les aventures, pourvu qu'elles défient l'ordre et ses gardiens dont il aime à se moquer.
    Car Lescot est un ironiste d'un genre particulier, plaçant si haut la liberté qu'il est prêt à la perdre pour un mot d'esprit retors.
    Encore heureux ? Une bombe littéraire. Au lecteur d'allumer la mèche.

  • Cent personnages saisis au moment où leur vie bascule, cent spécimens de notre condition humaine. Leurs portraits sont esquissés en quelques lignes à partir dun simple prénom, dune situation paradoxale et dun certain point de non-retour. Tous sont extraits de la réalité contemporaine, réinventés de mémoire, puis raccourcis à la virgule près.
    Mauricio, lembaumé public, Agnès, la monitrice dinconduite automobile, Robin, lemprunteur précoce de pilule contraceptive, Phil, laccidenté davant le travail, Charlotte, la suicidaire intermittente, André, émeutier à lui tout seul autant de héros du presque-rien qui forment une multitude à notre image : la première personne du pluriel.
    Entre fêlures intimes et identités sociales en crise, Yves Pagès poursuit le chantier décriture fragmentaire entamé depuis Petites Natures mortes au travail avec une langue plus resserrée que jamais et un humour tendrement corrosif.

  • « L'oubli, c'est un bruit de fond familier, le mien. Une nappe sonore qui empêche d'isoler ceci de cela, cernée par la plénitude du silence autour... Tant de balises portées disparues, refoulées dans les profondeurs, depuis sept quinze trente ans, et les

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