Langue française

  • « Ce matin, j'ai décidé de me suicider. L'idée m'est venue comme cela, subitement. Elle s'est glissée en moi, tout comme ferait une révélation tranquille, alors que je sacrifiais au rite de ma promenade dominicale... » C'est ainsi que le narrateur enjambe la première marche du monde qui va devenir le sien : celui des faits divers. De non moins singuliers personnages vont succéder à ce désespéré jovial. Voici Abderrahmane, mitraillant, du toit de son HLM, gendarmes et passants. Voici José, ou est-ce Luis, ou Miguel, on ne sait plus, qui se donna la mort après avoir noyé un chien, le seul être qui lui ait jamais fait l'offrande d'un regard. Et aussi Hector Charençon, empoisonnant la ville dont un maire-tyran gère, agence et planifie les âmes. Et tant d'autres, tous conduits au meurtre ou au suicide, ultimes recours de liberté. Avec une jubilation tout iconoclaste, l'auteur rassemble ses moribonds dans le huis clos imaginaire de la presse à scandale et des actualités télévisées, où il leur fait subir mille autres morts sous la plume acérée des chroniqueurs vedettes, hérauts de la misère dont ils se repaissent, et dont les mains tachées de sang déshonoré serrent encore des gorges exsangues. Affolante sarabande. Non content de livrer ses cobayes à la vindicte populaire, Ahmed Zitouni entreprend de saper les interdits qui nous poignent. Il y a du Lautréamont dans ce chant vomi à la face des censeurs de ce monde, que scande une écriture audacieuse, gorgée de couleurs et de déchirures. Artaud lui-même n'aurait sans doute pas renié ce théâtre de la cruauté où l'outrance, l'émotion et un érotisme rageur s'allient en une troublante osmose.

  • Un écrivain maghrébin, résident en France, se pend après avoir écrit une ultime lettre à sa future veuve. Comme il l'espérait secrètement, cette dernière a l'émotion plus que discrète. Sans même prendre la peine de le décrocher, elle fouille dans ses papiers, témoin de leur vie ratée. Le défunt, quant à lui, s'étonne, au chapitre suivant, de ne pas être encore au frais à la morgue. Dès les premières pages de La veuve et le pendu, Ahmed Zitouni s'amuse des situations, si morbides soient-elles. Pourtant, et le journal intime du pendu en témoigne, ce suicide ne fut pas un accident dû à une dépression passagère, mais la résultante d'une lente glissade dans la folie, l'ailleurs. Prisonnier d'une mémoire à la dérive où s'entrechoquent les horreurs de la guerre d'Algérie - qu'il vécut enfant - et du quotidien le plus ordinaire, cet écrivain n'avait plus que ses mots pour se raccrocher à la vie. Ils lui servirent, en définitive à tisser sa corde.

  • Le sourire de Houria flotte dans le ciel de Manosque. Entre passé et présent. Entre Oran et la Provence. Entre une sale guerre et les cicatrices des sillons de la terre. Entre la souffrance et aujourd'hui une autre. Et dans le déroulé des souvenirs qui griffent au sang la mémoire, l'écriture de Giono, la parole de Giono, comme une permanence qui raconte une terre perdue des douleurs de l'amour impossible, comme une référence, désormais, à tout espoir pour demain. Le sourire de Houria. Entre le deuil d'Oran, le 25 juin 1962, les « camps d'accueil » pour harkis, et puis Manosque, ce bout de l'exil. Gérard Blua

  • Parce que le narrateur - qui est maghrébin - s'est fait traiter de « taré de bicot », il a juré d'avoir la peau du chef. Et le chef, c'est Brahim, maghrébin comme lui... Amis-ennemis inséparables, unis dans la révolte contre la bêtise du monde, nos deux héros entreprennent de mettre un peu d'ordre dans la maison de fous où ils sont enfermés. Ils fondent une société secrète, s'évadent dans la ville et entrent en clandestinité. Au Royal-bar, ils reconstruisent le monde. Mais les vrais problèmes commencent avec la liberté.

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