Fayard

  • L'Etat importé ; l'occidentalisation de l'ordre politique

    Bertrand Badie

    • Fayard
    • 1 Avril 2014

    Depuis les Lumières, la domination politique exercée par l'Occident sur les " pays du Sud " s'accompagne _ quand elle ne la précède ou ne la prépare pas _ d'une domination culturelle plus forte encore. La décolonisation, loin d'avoir fourni aux sociétés du tiers monde le moyen de trouver une organisation qui corresponde à leurs traditions, a même fortement accentué ce phénomène.
    Derrière une rhétorique de rupture, les leaders du Sud se font les importateurs de notre droit, de notre modèle de développement, de notre forme de démocratie représentative (même s'ils l'accommodent à leur façon). Ces Princes, leurs entourages et leurs intellectuels pensent, agissent, construisent largement en fonction de nos catégories.
    Mais, hormis peut-être au Japon, cette occidentalisation imposée échoue parce que la greffe est impossible. Cet échec rend largement compte de l'évolution du monde contemporain depuis 1945. Il éclaire l'histoire de l'Inde comme celle du monde arabe et de l'Afrique noire, ou encore de l'Amérique latine et de la Chine, voire les incertitudes propres au Japon d'aujourd'hui. En dépit des espoirs que les élites ont mis en elle, l'occidentalisation, manquée, est cause de multiples traumatismes sociaux et facteur de désordre dans les relations internationales.
    La cacophonie d'un monde qui ne parvient ni à unifier ses règles du jeu ni à faire leur place aux différences constitue sans nul doute la plus lourde des menaces qui pèsent sur l'humanité.
    Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, Bertrand Badie est l'auteur de nombreux ouvrages, en particulier de Les deux Etats. Pouvoir et société en Occident et en terre d'islam (Fayard, 1987).

  • « Il peut paraître étrange, à un moment où seul l'avenir devrait nous concerner, de s'intéresser aux relations entre deux modes de pensée nés quelque part au Moyen-Orient il y a plus de trois mille ans. Et pourtant, rien n'est plus actuel, plus nécessaire, plus urgent, pour comprendre ce qu'est réellement notre monde, que de dévoiler les fondements de la civilisation occidentale, aujourd'hui pratiquement planétaire, si admirée et si détestée à la fois. Et ces fondements sont essentiellement juifs et grecs. Judéo-grecs.
    Le dialogue entre la pensée juive et la pensée grecque a construit un système de valeurs, une utopie sociale glorifiant l'individu, la liberté d'être et de penser, la raison, la découverte, l'accumulation de connaissances, l'amélioration du monde matériel. C'est de lui que surgit le refus de la fatalité, du destin, et que découle la liberté des hommes s'imposant contre celle des dieux. C'est avec lui que commence le règne de la raison, inséparable de celui de la liberté. Si les Juifs prônent l'infini et l'espérance, si les Grecs prônent le fini et la raison tragique, ils convergent autour d'une idée qui fonde l'Occident : l'Unité. De Dieu. De l'Homme. Des causes.
    Pourtant, cette double origine judéo-grecque si fondatrice est totalement méconnue : si la civilisation occidentale admet sa filiation grecque, elle néglige en général ce qu'elle doit au judaïsme, préférant se référer au christianisme.
    C'est donc une sorte de psychanalyse de la civilisation occidentale, pour dévoiler et assumer ses secrets de famille, que nous proposons dans ce livre. Car là réside la condition de sa survie. »
    J.A. et P.-H.S.
     
     
     
     
    Jacques Attali est écrivain, économiste, auteur de plus de 50 ouvrages, ancien conseiller de François Mitterrand. Il fut le créateur et premier président de la banque BERD. Il dirige actuellement Positive Planet (anciennement PlaNet Finance), la plus importante institution mondiale de soutien à la microfinance.
    Pierre-Henry Salfati, réalisateur et scénariste, enseigne la philosophie juive. Il a publié Talmud. Enquête dans un monde très secret (Albin Michel/Arte Éditions, 2009).

  • Fureur divine

    Darrin Mcmahon

    • Fayard
    • 10 Février 2016

    La notion de génie a été l'un des grands mythes de la modernité. Depuis la fin du XVIIIe siècle, elle justifie l'existence d'individus exceptionnels, pourvus de facultés créatrices ou intellectuelles qui les distinguent des autres hommes.Artistes (Beethoven, Picasso), scientifiques (Einstein), mais aussi génies militaires (Napoléon) et même génies du mal (Hitler), ils fascinent le commun des mortels et suscitent, parfois, un véritable culte. 
    Le génie, nous révèle Darrin M. McMahon, possède une plus longue histoire, qui plonge ses racines dans l'Antiquité grecque et dans la sainteté médiévale. Dans une fresque magistrale, savante et alerte, il retrace l'évolution de cette « fureur divine » qui inspirait les poètes de la Renaissance. La conception romantique du génie apparaît alors comme une conséquence paradoxale du désenchantement du monde et de l'égalité démocratique : l'homme de génie est devenu à son tour créateur. 
    Si les tentatives d'explication scientifique du phénomène se sont, en vain, multipliées, ce livre montre tout ce que le génie moderne, apparemment sécularisé, doit à l'héritage religieux. Car croire en l'existence d'êtres géniaux, n'est-ce pas affirmer la présence du merveilleux et le pouvoir surnaturel de certains hommes ?
     Darrin M. McMahon, professeur d'histoire européenne au Dartmouth College (États-Unis), est un des principaux acteurs du renouveau actuel de l'histoire intellectuelle. Il mène un travail ambitieux de généalogie, sur la longue durée, des grandes notions de la culture occidentale. Ses précédents livres, notamment Happiness, A History (Grove Press, 2006), ont été traduits dans de nombreuses langues.

  • A mesure que progressent les techniques agricoles et que se perfectionnent les transports, les effets du petit âge glaciaire (que connaissait l'Europe depuis 1300) se font moins impitoyables que durant les premiers siècles de l'époque moderne. Certes, la famine ne disparaît pas tout à coup - l'Irlande la connaît encore dans les années 1840 -, mais on n'observe plus au même degré les hécatombes climatiques - et par conséquent épidémiques - de naguère.
    Disettes classiques et disettes larvées n'en continuent pas moins d'agir sur la vie des sociétés : hivers froids ou humides, printemps pourris, étés caniculaires ("échaudage" des blés) ou au contraire étés pourris, et jusqu'aux éruptions volcaniques à l'autre bout de la planète ( le Tambora en Indonésie, 1815), compromettent aisément de fragiles équilibres. Un peu moins de grains, et la cherté provoque des troubles. Faux ou vrai, les puissants sont accusés de profiter des circonstances, d'accaparer les subsistances, d'organiser la pénurie : d'où les réactions populaires. Sans qu'il faille voir là un mécanisme imperturbable, il est patent que la mauvaise année-récolte 1788 a sa part dans le déclenchement des événements de 1789, que l'embellie frumentaire du Directoire et de l'Empire (jusqu'en 1810) correspond à une période de relative clémence des cieux; que les Trois Glorieuses sont comme cernées par les difficiles années 1827-1832; que les soubresauts climatiques et disetteux de 1845-1846 sont à mettre en relation avec les révolutions de février-mars 1848 à Paris, puis à Berlin et à Vienne.
    A partir de 1860 et plus encore de 1900, le climat européen se réchauffe, comme le montrent le recul des glaciers alpins et, nettement plus précises, les mesures instrumentales enregistrées un peu partout. En outre, les navires à vapeur et le chemin de fer permettent d'importer le grain d'Amérique et de Russie. L'Humanité d'Occident se libère de sa dépendance millénaire face à l'aléa climatique. S'ouvre alors une autre "météo-histoire", dont nous ne connaissons pas le terme; pleine d'incertitudes, elle aussi ( ce sera l'objet d'un troisième volume).

  • Depuis deux mille cinq cents ans, il s'est toujours trouvé des hommes pour braver les interdits, penser ce qui ne se pensait pas, dire ce qui ne se disait pas. Certains ont laissé leur nom dans l'histoire : Socrate, François d'Assise, Érasme, Montaigne, Luther ; la plupart - Pierre Valdo, Sébastien Castellion, Michel Servet, Étienne Dolet, les hérétiques, et tant d'autres - ont disparu de notre mémoire. La révolte de ces hommes hors du commun fut impuissante face à l'ordre établi.
     François de Closets fait revivre cette histoire méconnue de la liberté qui se révèle tout aussi haletante, tragique, exaltante que celle des batailles, des vainqueurs et des sacres. Elle s'ouvre et se ferme sur le procès de deux philosophes qui préférèrent mourir plutôt que de renier leur pensée : Socrate a bu la ciguë en 399 avant notre ère ; Giordano Bruno est mort sur le bûcher en 1600. Le premier est célèbre, le second oublié. Il prend dans cette fresque toute sa place. Au terme d'un procès de huit années devant l'Inquisition, ce penseur impénitent doit renier ses écrits pour avoir la vie sauve. Il refuse et périt brûlé vif. De tels actes d'héroïsme ne sont pas rares dans cette saga de la liberté.
                 Cette histoire montre que notre individualisme est très éloigné de l'idéal pour lequel ces hommes et ces femmes se sont battus, que la liberté n'existe pas « en soi » mais « en situation », et que les peuples aspirent à la sécurité culturelle plus qu'à la liberté individuelle. Autant d'enseignements précieux pour réinventer notre art de vivre ensemble, pour réconcilier la liberté de chacun et la solidarité de tous.
     
    François de Closets, journaliste et écrivain, est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages. Ses derniers livres, L'Échéance : Français, vous n'avez encore rien vu (coécrit avec Irène Inchauspé ; Fayard, 2011), Maintenant ou jamais (Fayard, 2013) et La France à quitte ou double (Fayard, 2015) ont rencontré un grand succès.
     
     
     
     

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