Gallimard

  • Chronos ; l'occident aux prises avec le temps

    François Hartog

    • Gallimard
    • 1 Octobre 2020

    'Omniprésent et inéluctable, tel est Chronos. Mais il est d'abord celui qu'on ne peut saisir. L'Insaisissable, mais, tout autant et du même coup, celui que les humains n'ont jamais renoncé à maîtriser. Innombrables ont été les stratégies déployées pour y parvenir, ou le croire, qu'on aille de l'Antiquité à nos jours, en passant par le fameux paradoxe d'Augustin : aussi longtemps que personne ne lui demande ce qu'est le temps, il le sait ; sitôt qu'on lui pose la question, il ne sait plus.
    Ce livre est un essai sur l'ordre des temps et les époques du temps. À l'instar de Buffon reconnaissant les 'Époques' de la Nature, on peut distinguer des époques du temps. Ainsi va-t-on des manières grecques d'appréhender Chronos jusqu'aux graves incertitudes contemporaines, avec un long arrêt sur le temps des chrétiens, conçu et mis en place par l'Église naissante : un présent pris entre l'Incarnation et le Jugement dernier. Ainsi s'engage la marche du temps occidental.
    On suit comment l'emprise du temps chrétien s'est diffusée et imposée, avant qu'elle ne reflue de la montée en puissance du temps moderne, porté par le progrès et en marche rapide vers le futur.
    Aujourd'hui, l'avenir s'est obscurci et un temps inédit a surgi, vite désigné comme l'Anthropocène, soit le nom d'une nouvelle ère géologique où c'est l'espèce humaine qui est devenue la force principale : une force géologique. Que deviennent alors les anciennes façons de saisir Chronos, quelles nouvelles stratégies faudrait-il formuler pour faire face à ce futur incommensurable et menaçant, alors même que nous nous trouvons encore plus ou moins enserrés dans le temps évanescent et contraignant de ce que j'ai appelé le présentisme?'

    François Hartog

  • Penser la Révolution française

    François Furet

    • Gallimard
    • 19 Août 2013

    La Révolution française peut être interprétée à la fois comme le produit de ce qu'elle a appelé l'Ancien Régime, et comme l'avènement de la civilisation où nous vivons depuis. Dans le premier cas, elle est le grand spectacle de ce qui s'est passé avant elle ; dans le second, elle inaugure le cours de l'égalité et de la démocratie modernes. Ce livre est une tentative pour la penser sous ces deux aspects, en renouant avec des questions posées par la tradition historiographique du XIXe siècle.

  • Dès sa publication en France en 1992, l'ouvrage de Ian Kershaw s'est imposé comme une indispensable référence. En effet, le retard pris par l'école historique française dans l'étude du national-socialisme est inquiétant, alors qu'à l'étranger les travaux sur le nazisme ne se comptent plus. Au point que même le spécialiste a du mal à en faire le tour. Quant au phénomène lui-même, il soulève de façon aiguë un certain nombre de problèmes théoriques d'interprétation d'une redoutable complexité. Aussi n'est-il pas surprenant que les étudiants aient quelque difficulté à s'orienter dans le dédale des analyses et contre-analyses dont l'histoire de l'Allemagne moderne continue de faire l'objet.

    On comprend dès lors l'impact qu'a eu et continue d'avoir Qu'est-ce que le nazisme ? Ian Kershaw dégage les problèmes clefs d'interprétation de la dictature nazie, explique de manière concise les zones d'ombre ou les débats qui demeurent, montre comment les historiens d'horizons différents les ont traités et, enfin, tente d'évaluer les positions en présence.

  • Pour qui entreprend une histoire transnationale des avant-gardes picturales au XXe siècle, la période que couvre ce deuxième tome, de 1918 à 1945, est la plus périlleuse. Car l'auteur doit se colleter avec le grand récit dicté par les avant-gardes elles-mêmes.

    Tout commence-t-il avec Dada ? Dès 1910 s'observait la remise en cause symbolique de Paris par les nouvelles générations dans de nouveaux centres : Berlin, Munich, Londres, Bruxelles, Cologne, Moscou, New York. Dada, certes né dans les charniers de la guerre, fut plus encore issu de l'histoire de la modernité artistique et littéraire depuis les années 1850.
    Les avant-gardes furent-elles idéologiquement progressistes ? Les acteurs ne cessèrent de négocier entre les logiques révolutionnaires, leurs ambitions nationales et celle de continuer tant bien que mal à se faire connaître sur la scène internationale.

    Loin que Paris fût la capitale unique, d'une ville à l'autre, et en particulier à Berlin, Prague, Budapest, Vienne, Moscou, mais aussi à Amsterdam, Bucarest, Zagreb, Barcelone et jusqu'à São Paulo, Mexico et au Japon, apparurent régulièrement de nouveaux groupes décidés à se faire une place dans le courant du modernisme.
    En revanche, l'entre-deux-guerres fut une période de marchandisation aboutie de l'innovation artistique. Dans les pratiques et les débats des avant-gardes, une problématique était récurrente : quelle place faire au marché, surtout en cas de succès ?

  • Naissance de Dieu ; la Bible et l'historien

    Jean Bottéro

    • Gallimard
    • 26 Juin 2017

    Spécialiste mondialement renommé d'Akkad, de l'Assyrie et des civilisations mésopotamiennes, Jean Bottéro lit en historien , mais sans étalage d'érudition, les premiers chapitres de la Genèse (dont il date et distingue les contributions diverses), Job, l'Ecclésiaste. Il nous livre de très antiques réflexions sur le sens de l'existence, et le pourquoi du Mal, et montre comment Israël en est arrivé à se convaincre de l'unicité et de la transcendance de Dieu.

  • Histoire et psychanalyse entre science et fiction

    Michel de Certeau

    • Gallimard
    • 21 Novembre 2016

    Michel de Certeau est assurément une des figures les plus singulières, donc les plus importantes, de l'école historique française. Sans attendre le sauf-conduit au poste frontière ni solliciter l'agrément des gardiens des lieux, il a traversé les frontières entre les champs de savoir, devinant l'appauvrissement de l'histoire par confinement, anticipant l'ouverture aux disciplines autres à laquelle s'est aujourd'hui résolue cette discipline.
    Il a porté un regard incisif sur l'entrecroisement des méthodes, des visées et des modèles qui déterminent les manières d'écrire l'histoire. De cette interrogation toujours reprise, de ce va-et-vient entre passé et présent, les textes ici rassemblés nouent les fils : il y est question de Foucault, de Freud et de Lacan, mais aussi de l'analyse du pouvoir, du corps, de la folie et de la fiction en histoire. Non pas qu'il s'agisse, entre histoire, psychanalyse, linguistique ou anthropologie, de mélanger les genres et les méthodes, voire de brouiller les identités des savoirs, mais de se déplacer nécessairement d'un savoir à l'autre pour suivre une question née sur un autre bord, où elle ne peut recevoir un traitement satisfaisant. Il se marque, dans cet ouvrage, une exigence, rare, de pensée.

  • La révolution industrielle

    Patrick Verley

    • Gallimard
    • 1 Octobre 2013

    Côté grand public, chacun croit savoir ce qu'est la 'Révolution industrielle'. Côté historiens et économistes, la notion même n'est plus une évidence.
    Depuis un siècle, historiens et économistes n'ont cessé de débattre de la réalité du phénomène, de ses causes et temporalités explicatives.
    C'est la raison pour laquelle Patrick Verley propose une synthèse en deux parties. La première permet au lecteur de comprendre comment, depuis la fin du siècle dernier, s'est peu à peu construit cet objet historique ; elle ordonne et hiérarchise les acquis actuels.
    La seconde partie présente l'ensemble des personnages, produits, processus et inventions qui, tour à tour, se sont vu accorder une importance causale majeure dans la Révolution industrielle.

  • L'identité nationale, une énigme

    Marcel Detienne

    • Gallimard
    • 16 Avril 2014

    En 2007, une nation qui fait partie de l'Europe, comme tant d'autres, décide de créer un ministère de l'Identité nationale. Pour familières qu'elles paraissent, les notions d'identité et de nation se révèlent d'une complexité qui éveille la curiosité de l'histoire et de l'anthropologie. Aussi, conjuguant les deux disciplines, Marcel Detienne met en perspective quelques manières radicalement différentes de se représenter ce qui semble faire partie du sens commun, à savoir ce que nous sommes ensemble et ce que les autres ne sont pas. Ces manières sont autant de fictions du passé ou du présent : le pur Celte de Padanie, en Italie ; l'Hindou-hindouiste à racines védiques, dans l'Inde contemporaine ; le Japonais né de la terre des dieux sans autres prédécesseurs ; l'Athénien qui se veut pur rejet de la Terre autochtone ; l'Allemand historial d'hier, plus grec que les Grecs, du temps de Heidegger et de Hitler : le native, citoyen de souche américain sur un continent ouvert à l'immigration. Sans oublier le Français de souche, à nouveau raciné.

  • Les dieux d'Orphée

    Marcel Detienne

    • Gallimard
    • 31 Mai 2015

    L'Orphée de Marcel Detienne n'est pas celui, de loisir, qui chante le voyage d'hiver des Argonautes, ni celui qui descend aux Enfers, mais un Orphée qui vit absolument séparé de ceux et de celles qui naissent citoyens programmés, dressés à s'entre-tuer autour de leurs autels ensanglantés.

    Orphée dénonce le meurtre et le sang versé. Cette violence est celle de la vie quotidienne, visible dans les histoires des dieux et des déesses que se plaisent à écouter ses contemporains dans les banquets, dans les joutes poétiques comme dans des gestes aussi simples que planter un olivier, dresser une table ou faire l'amour.

    Il faut à Orphée une vie sans concessions, mais aussi des dieux radicalement différents. Alors, pour l'historien sagace et attentif, se lève un coin de la mythologie grecque, celle qu'Orphée voyait, en dissident extrême.

  • L'Eglise dans l'Etat ; politique et religion dans la France des Lumières

    Catherine Maire

    • Gallimard
    • 17 Octobre 2019

    Catherine Maire avait consacré un livre qui a fait date, il y a vingt ans, au jansénisme au XVIIIe siècle, De la cause de Dieu à la cause de la Nation. Elle élargit ici son enquête à l'ensemble des affaires politico-religieuses qui ont scandé le siècle, de la bulle Unigenitus (1713) qui condamne le jansénisme et devient une loi du royaume en 1730 à la Constitution civile du clergé, en 1790, pendant la Révolution. Loin d'apaiser les tensions liées à la tradition gallicane, en effet, l'affirmation de l'indépendance de la monarchie par rapport au Saint-Siège à la fin du XVIIe siècle les a réactivées sur de nouvelles bases. D'où le titre de l'ouvrage L'Église dans l'État, qui souligne comment l'inclusion est devenue source de divisions.
    L'auteur ne se contente pas de passer en revue les grandes controverses qui se sont succédé dans le sillage de l'affaire de la bulle Unigenitus, autour des biens ecclésiastiques, des refus de sacrements, de l'état civil des protestants ou de l'expulsion des jésuites. Elle met en évidence le fil rouge qui relie tous ces épisodes ; elle dégage les significations de ces querelles passionnées devenues pour nous inintelligibles ; elle fait ressortir les enjeux de cette recherche d'un impossible équilibre entre les libertés religieuses et les nécessités politiques.
    Elle montre enfin comment ces disputes constituent le terreau où s'enracine la pensée des philosophes des Lumières. De l'abbé de Saint-Pierre à d'Holbach, en passant par Montesquieu, Voltaire et Rousseau, la philosophie prend une nouvelle vie en se liant à l'actualité dont elle naît et se nourrit.

  • Lyrisme visionnaire et convulsé de l'âge baroque, cérémonies exemplaires du Grand Siècle, sérénité désinvolte ou emphatique des Lumières, émotion retrouvée des cimetières romantiques : la mort n'a cessé de changer. À travers les correspondances et les épitaphes, les oraisons funèbres et les testaments, Michel Vovelle retrouve les gestes, les images et les rites d'un monde perdu, les attitudes collectives des hommes devant la mort, des guerres de religion à l'aube du monde contemporain.

  • Philippe Buc examine dans ce livre comment la théologie chrétienne a façonné des siècles de conflits, depuis la première guerre judéo-romaine (66) jusqu'à l'invasion de l'Irak (2003), en passant par la première croisade (1096) ou la Révolution française. Même dans les sociétés sécularisées ou explicitement non chrétiennes, comme l'Union soviétique stalinienne, les formes qu'ont prises de nombreux séismes politiques (guerres civiles, purges, déportations, terrorisme, etc.) sont selon lui en grande partie explicables par le christianisme et les très anciens concepts religieux qui influencent la façon dont la violence est perçue et perpétrée.
    Ce que veut comprendre Philippe Buc c'est non seulement la logique par laquelle une personne saine d'esprit est amenée à tuer ou mourir pour un principe, mais aussi les raisonnements qui légitiment l'imposition de la liberté par la contrainte ou le pardon des atrocités de la guerre. Analysant l'idéologie américaine contemporaine de la guerre, qui place la violence sous l'empire d'idées abstraites, comme la liberté ou la paix mondiale, il met au jour son profond enracinement dans l'Écriture sainte.
    Fruit de quinze années de recherches d'une ampleur peu commune, Guerre sainte, martyre et terreur montre combien les pieux idéaux de sacrifice, de pureté et de rédemption n'ont cessé de donner sens à la violence, depuis les premiers siècles chrétiens jusqu'aux temps inquiets que nous vivons.

  • Sports et loisirs ; une histoire des origines à nos jours

    Laurent Turcot

    • Gallimard
    • 14 Novembre 2016

    Les sociétés occidentalisées ont fait des loisirs et des sports des référents et des modèles qui imprègnent toutes les sphères de la vie. Ces pratiques sont au croisement des grandes tendances politiques, économiques, sociales et culturelles de chaque époque. En faire l'histoire, c'est approcher l'essence même de chaque grand moment de l'Occident. Comment comprendre, en effet, l'avènement de la gymnastique au XIXe siècle sans prendre en considération la montée des États-nations ? Comment évaluer les divertissements à la cour de Louis XIV sans parler des fondements de l'absolutisme royal ? Que dire des tournois médiévaux si on ne prend pas la peine de les reconduire à l'idéal du combattant que les chevaliers incarnent dans cette société d'ordre ? Ou encore, comment analyser les Jeux olympiques antiques sans les rattacher à la culture du corps, à la médecine et à la philosophie qui se développent dans l'Antiquité ? Vouloir détacher ces pratiques des sociétés qui les fondent et les organisent est - à proprement parler - impossible.

    La société contemporaine invente les sports, mais sans aucune génération spontanée. Ainsi le sport doit-il beaucoup à cette vaste tranche chronologique qui va de la chute de l'Empire romain d'Occident à l'orée de la Révolution industrielle : on y relève des pratiques divertissantes et des formes d'exercices physiques auxquelles l'époque contemporaine a puisé.

    Cet ouvrage original revient, pour chaque époque, sur les manières d'être, de vivre et de penser qui furent autant d'acceptions différentes de ce que l'on appelle aujourd'hui "loisir" et "sport".

    Prix du Document sportif 2017

  • Les frontières de la tolérance

    Denis Lacorne

    • Gallimard
    • 3 Octobre 2016

    Avant l'âge des Lumières, on tolérait mal la religion des autres, ou alors avec réticence, comme une anomalie qu'il fallait souffrir sans l'accepter. La "tolérance des Modernes", élaborée par de grands penseurs comme Locke et Voltaire, renversait la perspective : elle mettait en place un système harmonieux de coexistence paisible entre les groupes les plus divers, tout en prônant de nouveaux droits - la liberté de conscience et la liberté d'exercer sa religion dans l'espace public.

    Cette nouvelle conception n'allait pas de soi. Elle donne à voir des éléments précurseurs en des lieux aussi divers que l'Empire ottoman et le ghetto de Venise. Après de nombreuses querelles politiques et théologiques, elle s'est enracinée en Hollande, en Angleterre, en France et dans les colonies d'Amérique. Denis Lacorne observe les manifestations les plus récentes de la tolérance dans le monde contemporain, il en analyse les usages et les limites, qu'il s'agisse des symboles religieux, de monuments, de manières de s'habiller, de ce qu'il est permis de dire et de proférer.
    De l'Europe au Nouveau Monde, les territoires de la tolérance n'ont cessé de s'étendre, des déistes aux athées, des baptistes aux quakers, des sikhs aux musulmans. Aujourd'hui la tolérance demeure une vertu contestée : le retour du religieux, la montée des fanatismes menacent le projet émancipateur des philosophes. Faut-il imposer des bornes à la liberté d'expression ? Doit-on tolérer les ennemis de la tolérance ? Pour y répondre, il nous faut redécouvrir cette grande tradition afin de mieux la défendre.

empty