Klincksieck

  • Cours d'esthétique

    Theodor Wiesengrund Adorno

    • Klincksieck
    • 14 Janvier 2021

    L'art n'est pas, pour Adorno, un objet régional parmi d'autres mais, à l'égal de la philosophie, une pensée capable de se rapporter au vrai. Entre les années 1930 et 1968, le philosophe de Francfort a consacré six cours à l'esthétique, qui ont nourri son livre Théorie esthétique, paru à titre posthume. Chacun de ces cours avait sa cohérence propre, celui de 1958/59 a pour spécificité de porter l'accent sur la conception matérialiste de l'art, notamment à travers une analyse très singulière de l'oeuvre de John Cage. Reprenant des considérations qu'il avait déjà développées dans le champ de la musique, Adorno les réinscrit, grâce à ce cours, dans une élaboration théorique plus large. Certains concepts cruciaux de son esthétique - construction, expression, mimèsis, rapport de sens, beauté - sont explicités de la manière la plus rigoureuse et intégrés à une interrogation proprement philosophique de l'art, nommée « expérience ». Ce cours, inédit en français, est une introduction critique à l'esthétique. Esthétique que le philosophe confronte inlassablement aux limitations caractéristiques des esthétiques de la réception. Introduction critique qui lui permet de déplacer ses propres réflexions pour faire apparaître la contradiction extrême d'un art en passe de devenir indifférent à la qualité sensible de l'esthétique.

  • Karl Marx, essai de biographie intellectuelle

    Maximilien Rubel

    • Klincksieck
    • 21 Octobre 2016

    En 1957, lors de la parution de Karl Marx, essai de biographie intellectuelle, Maximilien Rubel a présenté un Marx « tel qu'en luimême », à l'opposé du Marx tel qu'il avait été composé par les différents marxismes d'État ou de parti. Ce Marx inédit, singulier, qui, selon Karl Korsch, apparaît comme un penseur de l'émancipation parmi d'autres, et non plus comme le père fondateur d'une doctrine à vocation mondiale. Un Marx auteur d'une oeuvre de pensée avec ses difficultés, ses éventuelles contradictions, mais aussi l'exigence d'une émancipation radicale, de sorte qu'il pouvait devenir, comme M. Rubel l'a montré, le critique le plus virulent de ce qui portait le nom de marxisme. Le lecteur d'aujourd'hui peut être d'autant mieux aux écoutes de l'oeuvre de M. Rubel que l'effondrement de l'URSS et des régimes satellites prétendument socialistes a eu pour effet paradoxal de nous rendre un Marx débarrassé des concrétions idéologiques qui avaient dressé un véritable écran entre lui et nous. Cette réédition inaugure le temps d'une explication avec Marx. À la lecture de M. Rubel naissent des questions ouvertes : peut-on voir dans Marx l'auteur d'une sociologie ? N'est-il pas plutôt l'initiateur d'une critique sociale qui va jusqu'aux racines, ou bien d'une théorie critique de la société ? Comment convient-il de penser ici et maintenant l'articulation entre sociologie et éthique ?

    Comme le montre dans sa préface Louis Janover, le collaborateur de M. Rubel, cette biographie intellectuelle est la source étonnamment féconde de toute une oeuvre qui s'est déployée dans des directions multiples, pour laisser apparaître les différentes facettes de Marx : les Pages choisies pour une éthique socialiste qui datent de 1948 avec l'introduction de M. Rubel à « une éthique marxienne », Marx critique du marxisme, les Études de marxologie et les quatre tomes de l'édition incomparable de Marx dans la Pléiade, travail où se mêlent érudition et désir d'émancipation, adressé au seul public qui importe : « L'humanité pensante qui est opprimée et l'humanité souffrante qui pense. »

  • Les versions du sujet - etude de quelques arguments sceptiques au xviie siecle

    Pessel Andre

    • Klincksieck
    • 6 Mars 2020

    Les figures de la subjectivité sont plurielles. Loin d'en livrer un catalogue, André Pessel étudie les formes que le courant sceptique français des XVIe et XVIIe siècles en a proposées et que l'âge classique a symptomatiquement rejetées du côté des productions de « libertins » ou réduites à des « curiosités » émanant de minores. Refoulés hors de la grande histoire de la philosophie, les penseurs sceptiques ont, pour certains d'entre eux, sans doute les moins prudents, c'est-à-dire politiquement les plus explicites, connu l'expérience de procès, de tortures, pour ne rien dire des bûchers. Il y avait donc dans cette pensée sceptique une menace, un danger, que le refoulement « classique » ne laissa s'inscrire que comme violence ou silence. André Pessel redonne voix à ce silence. Il montre comment, des modalités de la suspension du jugement à la déclinaison des figures de l'ego, les sceptiques ont démystifié le désir de vérité, la croyance en la certitude, la postulation de l'évidence. Il articule cette démystification à une méthode épistémologique qui récuse la recherche d'un point fixe dans l'ordre linéaire de la démonstration et qui change les paradigmes de l'argumentation. Pour les sceptiques, le sujet du savoir est lui-même un facteur de la situation. Cet essai opère ainsi l'exhumation interne à l'histoire philosophique d'un courant subversif, il produit une typologie de la subversion sceptique en traversant les oeuvres des sceptiques athées et chrétiens, de Jean-Pierre Camus et Charron à Gabriel Naudé, de Montaigne à La Mothe Le Vayer.

  • Modernité et anti-humanisme ; les combats philosophiques de George Lukacs

    Nicolas Tertulian

    • Klincksieck
    • 8 Novembre 2019

    Ce livre rassemble des articles dont la rédaction s'étend sur plus de trois décennies. Il esquisse les linéaments d'une philosophie de la démocratie radicale, centrée sur la figure du penseur hongrois Georg Lukács (1885-1971). À travers une critique rigoureuse des tendances antihumanistes du XXe siècle - et notamment des systèmes conceptuels développés par Martin Heidegger et Carl Schmitt -, Lukács a rappelé dès les années 1930 les exigences d'une pensée européenne responsable, désireuse à la fois d'assumer ses origines révolutionnaires et de tirer les conséquences des grandes catastrophes politiques du XXe siècle. Dans son oeuvre propre, Lukács pose les fondements philosophiques d'une pensée de l'égalité et de l'inclusion qui, sans rien perdre du mordant critique de sa matrice marxiste, s'efforce d'articuler les différents niveaux de manifestation d'une rationalité plurielle. La tâche ultime de la philosophie ne doit pas être de séparer, d'opposer et de discriminer, mais de retrouver dans la théorie de la connaissance, l'expérience quotidienne, la création artistique, l'instauration institutionnelle, l'unité d'un projet humain. Lukács revient ainsi au premier plan du combat pour une modernité ouverte et sans mépris, pour une véritable culture de l'égalité dans la démocratie.

  • Lyotard et le langage

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    • Klincksieck
    • 14 Mars 2017

    Les études ici rassemblées interrogent les articulations et désarticulations que Jean-François Lyotard place au principe du langage. Le volume dessine ainsi les lignes de force et les déplacements de sa pensée, ses présupposés et ses apories. Il montre les malentendus et les polémiques suscités par sa réécriture radicale de la rationalité.
    « Pas de langage en général », dit Lyotard, mais des langages multiples, des types de discours hétérogènes que la politique brasse sans pacifier leurs conflits. La recherche du consensus, dont l'« éthique de la discussion » a souligné l'importance, tend à occulter les différends qui divisent les fins respectives des genres de discours. « On ne peut pas être pacifiste en matière de phrases, et pas indifférent. » Car tout enchaînement discursif signe la victoire d'un genre et porte tort aux autres. Sans compter que la parole, quel qu'en soit le registre, éclipse par principe ce qui échappe aux contraintes linguistiques, ce champ de la sensation et du sentiment que Discours, figure explorait, dès 1971, en inventant le « figural ». Après 1983, après l'« ontologie des phrases » du Différend, Lyotard cherche à cerner ce que les mots laissent en souffrance et dont ils doivent pourtant témoigner. Phrase-affect, infantia, donation sensible, Chose sont quelques-uns des noms sous lesquels il pense alors ce qui résiste au langage, le travaille de l'intérieur et signe la difficulté de l'écriture.

    Ont participé à ce volume Isabelle Aubert, Geoffrey Bennington, Gaëlle Bernard, Corinne Enaudeau, Frédéric Fruteau de Laclos, Alberto Gualandi, Laurence Kahn, Charlotte Murgier, Andreas Niederberger, Sophie Nordmann, Michel Olivier, Claire Pagès, Ronit Peleg, Gérard Raulet, Jean-François Rey, Jean-Michel Salanskis, François-David Sebbah, Gérald Sfez, Rieke Trimçev.

  • Constellation et utopie ; Theodor W. Adorno, le singulier et l'espérance

    Daniel Payot

    • Klincksieck
    • 12 Avril 2018

    La philosophie d'Adorno est une critique de la domination politique et idéologique. Elle est aussi une méditation sur les devoirs de la pensée confrontée à la Shoah et aux totalitarismes du XXe siècle. Face à la Catastrophe, elle ne s'abîme pas dans le défaitisme mais tente de retrouver, sous les mythes qui les étouffent, les raisons d'espérer sans lesquelles l'expérience humaine ne serait pas viable. La notion d'utopie, qu'il hérite d'Ernst Bloch et de Walter Benjamin, a d'abord chez Adorno ce sens d'un dégagement de possibles qui, enfouis dans l'Histoire et réprimés par la logique du capitalisme, peuvent cependant être reconnus et libérés. Cela suppose que les singularités - l'individu dans le collectif, le détail dans l'ensemble, l'élément dans la composition - ne soient pas annexées et liquidées, mais au contraire préservées dans leur expression propre. Adorno, avec Benjamin, nomme « constellations » les modes d'articulation qui y parviennent. Pour en dégager les enjeux, il faut entrer dans le mouvement d'une pensée qui déconstruit les concepts d'identité et de totalité mais ne renonce pas à l'espérance. Les conceptions adorniennes de la dialectique et de la négativité sont traversées par cette tension féconde. Cette introduction à l'oeuvre d'Adorno l'interprète comme une réponse à ce que Miguel Abensour appelait la « sommation utopique » : sous l'opacité et la noirceur du monde, l'écriture d'Adorno tente de réveiller un « dire » de vérité, de sauvetage et d'émancipation. Professeur à l'Université de Strasbourg, Daniel Payot se définit volontiers comme un lecteur. La générosité déconstructrice de Jacques Derrida, la lucidité micrologique de Walter Benjamin et de Theodor W. Adorno, la réponse d'Emmanuel Levinas à l'adresse infinie de l'autre et la patience.

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