• L'existentialisme est un humanisme

    Jean-Paul Sartre

    • Gallimard audio
    • 24 Mars 2022

    Beaucoup pourront s'étonner de ce qu'on parle ici d'humanisme. [ ... ] Nous entendons par existentialisme une doctrine qui rend la vie humaine possible et qui, par ailleurs, déclare que toute vérité et toute action impliquent un milieu et une subjectivité humaine. [ ... ] L' existentialisme n'est pas autre chose qu'un effort pour tirer toutes les conséquences d'une position athée cohérente. Il ne cherche pas du tout à plonger l'homme dans le désespoir. Mais si l'on appelle, comme les chrétiens, désespoir toute attitude d'incroyance, il part du désespoir originel. L'existentialisme n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt : même si Dieu existait, ça ne changerait rien ; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyions que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence ; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action.

  • Bonjour l'angoisse ! et autres impromptus

    André Comte-Sponville

    • Presses universitaires de france
    • 9 Mars 2022

    « Philosopher, c'est penser sa vie et vivre sa pensée. Entre les deux, un décalage subsiste pourtant, qui nous constitue et nous déchire. A quoi bon tant penser si c'est pour vivre si peu ? On voudrait ici essayer autre chose : une philosophie à découvert, au plus près de la vie réelle, de ses échecs, de sa fragilité, de sa perpétuelle et fugitive improvisation. C'est ce que le mot d'impromptus, emprunté à Schubert, a paru pouvoir désigner à peu près. »

  • Où atterrir ? comment s'orienter en politique

    Bruno Latour

    • La découverte
    • 19 Octobre 2017

    Peut-on continuer à faire de la politique comme si de rien n'était, comme si tout n'était pas en train de s'effondrer autour de nous ? Dans ce court texte politique, Bruno Latour propose de nouveaux repères, matérialistes, enfin vraiment matérialistes, à tous ceux qui veulent échapper aux ruines de nos anciens modes de pensée.
    Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien -; et par conséquent dont ils ne voient pas l'immense énergie politique qu'on pourrait tirer de leur rapprochement.
    D'abord la " dérégulation " qui va donner au mot de " globalisation " un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l'explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l'entreprise systématique pour nier l'existence de la mutation climatique.
    L'hypothèse est qu'on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l'on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu'il n'y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C'est ce qui expliquerait l'explosion des inégalités, l'étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l'État national.
    Pour contrer une telle politique, il va falloir
    atterrir quelque part. D'où l'importance de savoir
    comment s'orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une
    carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les
    affects de la vie publique mais aussi ses
    enjeux.

  • La conversion

    Michel Onfray

    • Bouquins
    • 18 Novembre 2021

    L'intérêt des philosophes romains c'est qu'on peut vivre selon leurs principes. Le poème de Lucrèce, De la nature des choses, se présente un immense traité existentiel perdu dans une encyclopédie du monde.
    On peut vivre selon Lucrèce. Son poème est d'ailleurs une proposition existentielle faite à son dédicataire Memmius. Le philosophe propose en effet une conversion, autrement dit : une vie nouvelle faisant suite à l'ancienne qu'on abandonne après avoir compris ce qu'il y avait à comprendre, initié par un sage qui nous transmet son savoir. Ici : que le réel est matériel, qu'il n'est fait que d'atomes qui tombent dans le vide et de rien d'autre ; que cette physique de l'ici-bas dispense d'une métaphysique de l'au-delà ; que la religion est superstition et qu'il faut lui préférer la philosophie ; qu'il faut donner au corps ce qu'il demande dans la limite où ce qu'on lui donne ne l'asservit pas ; que l'amour est un remède à la passion ; que la sagesse est atteignable et qu'elle consiste en une arithmétique des plaisirs accompagnée par une diététique des désirs ; qu'il n'y a ni enfer ni paradis mais juste un monde immanent et tangible ; que la mort n'est pas à craindre puisqu'elle n'est qu'une modification de la matière et non sa suppression ; que le réel est tragique et que le savoir confère de la sérénité ; que le paradis existe sur terre pourvu qu'on le construise avec détermination. Ce livre pend donc la forme d'une série de neuf lettres comme autant d'invitations à une sculpture de soi. Cette éthique propose une esthétique de l'existence.

  • Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale Nouv.

    La présente édition comprend d'abord une notice sur la genèse de l'essai de Simone Weil. Suit le texte intégral des Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale (1934), établi et révisé à partir de la dactylographie originale déposée à la BnF. Enfin, une étude intitulée «Transposer la pensée de Simone Weil», par Robert Chenavier, permet au lecteur de poursuivre la réflexion en donnant à la fois un commentaire de la structure du texte et en faisant ressortir l'originalité des thèses de Simone Weil.
    Le but de cet essai est de mettre en évidence que les analyses de la philosophe peuvent être transposées aujourd'hui, afin de mieux comprendre le désarroi de notre époque et d'aider à trouver une sortie qui soit à la fois possible et souhaitable à la crise que nous vivons.

    Simone Weil est une philosophe humaniste française (1909-1943).
    Libertalia a publié son essai Grèves et joie pure.

    Agrégé et docteur en philosophie, Robert Chenavier est l'auteur de Simone Weil. Une philosophie du travail (Cerf, 2001) et de Simone Weil, l'attention au réel (Michalon, 2009). Il vient de publier Simone Weil, une Juive antisémite? Éteindre les polémiques (Gallimard, 2021). Il dirige l'équipe éditoriale chargée de l'établissement des OEuvres complètes de Simone Weil (Gallimard).

  • Pour une critique de la violence

    Walter Benjamin

    • Editions allia
    • 7 Mars 2019

    Quelle serait la validité morale de la violence en tant que moyen dès lors que les fins sont justes ? Pour le droit naturel, seule la justesse de la fin compte. Pour le droit positif, tout droit s'établit sur la critique des moyens. Or, il convient de distinguer les différents types de violence indépendamment des circonstances de leur exercice. Pour Benjamin, c'est in finele droit qui s'octroie le privilège de la violence vu qu'il serait menacé si elle venait à s'exercer en dehors de lui. La violence peut être fondatrice de droit ou lui être inhérente, raison pour laquelle le pouvoir y recourt. Le droit positif constitue aux yeux de Benjamin un obstacle à une justice véritable et plaide pour l'usage de moyens d'action "purs", parmi lesquels la grève générale.

    Proche de Theodor Adorno, Gershom Scholem et Bertolt Brecht, Walter Benjamin (1892-1940) a d'abord été critique littéraire, avant de publier en 1928 Rue à sens unique (Allia, 2015) et Origine du drame baroque allemand. Il publie également dans des revues Petite Histoire de la photographie (Allia, 2012), préfiguration de L'OEuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (Allia, 2011). Exilé à Paris en 1933, il gagne l'Espagne. Or, menacé d'être remis aux Allemands, il se suicide en 1940.

  • Court traité du langage et des choses : tiré du tchouang-tse

    Jean-François Billeter

    • Editions allia
    • 6 Janvier 2022

    Le Tchouang-tseu, l'ouvrage que l'on appelle ainsi parce qu'on en attribue la paternité à un certain Tchouang-tseu, contient les textes les plus étonnants que nous ayons de l'Antiquité chinoise. Le Court Traité, conservé dans son chapitre 2 et dont on ne connaît pas l'auteur, offre du sujet humain et de son rapport au langage, aux choses et à la réalité une vision qui mérite à plusieurs titres notre attention. Elle coïncide, dans son principe, avec celle du philosophe Héraclite. Un intérêt supplémentaire tient au fait que la vision du Court traité est restée incomprise en Chine comme celle d'Héraclite en Europe. Cela fournit un point de vue critique sur l'une et l'autre tradition et permet d'envisager leur dépassement par une véritable connaissance du sujet.

    Après avoir été professeur d'études chinoises à Genève, Jean François Billeter a quitté l'Université pour se consacrer à ses propres travaux. Dans ses études sur certains textes remarquables de Tchouang-tseu et sur l'art chinois de l'écriture, il allie la plus grande rigueur sinologique au souci constant de se faire comprendre des lecteurs non sinologues, à la fois par la clarté de l'expression et par la richesse des références à l'héritage occidental, ou simplement à l'expérience commune.

  • Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d'heureux

    Marianne Chaillan

    • Éditions des équateurs
    • 1 Janvier 2019

    "Hakuna matata", une phrase philosophique ? Tel est le pari de ce livre. Aux côtés de Merlin l'enchanteur ou de la Fée Bleue de Pinocchio, apparaissent d'autres sorciers aux pouvoirs surprenants.
    Montaigne nous enseigne ce qu'Aladdin devrait demander au génie pour être heureux. Raiponce et Heidegger invitent à ne pas redouter la mort. Pocahontas interroge notre rapport à l'autre.
    De Blanche-Neige au Livre de la Jungle, de La Petite Sirène à La Reine de Neiges, les grands dessins animés, leurs personnages et leurs chansons éclairent les concepts philosophiques les plus puissants.
    Magicienne chevronnée, Marianne Chaillan nous initie à la profonde sagesse de ces chefs-d'oeuvre. Quoi de plus réjouissant que de s'instruire en se divertissant ?
    Écrivain et professeur de philosophie, Marianne Chaillan est l'auteur de Game of Thrones, une métaphysique des meurtres, La Playlist des Philosophes et Harry Potter à l'école de la philosophie.

  • Et si je suis desespéré, que voulez-vous que j'y fasse ?

    Günther Anders

    • Editions allia
    • 5 Février 2016

    "Ah oui, la question n'est pas : comment devient-on un moraliste ? La question est plutôt : comment peut-il se faire qu'on ne le devienne pas ? Quand on voit ce que signifie la guerre - et moi, je l'ai vue avec les yeux d'un garçon de quinze ans... Je me rappelle, quand je suis allé en France, j'ai vu dans une gare, probablement à Liège, une file d'hommes qui, chose étrange, 'commençaient aux hanches'. C'étaient des soldats qu'on avait amputés jusqu'en haut des cuisses et qu'on avait simplement posés là, sur leurs moignons. Ils attendaient ainsi le train pour rentrer dans leur patrie. Ce fut ma première impression de la Première Guerre mondiale. Quand on voit un tel spectacle alors qu'on sort d'une famille paisible, il est tout simplement impossible de ne pas devenir un moraliste."Avec la spontanéité propre à l'oralité, Günther Anders livre dans cet entretien quelques anecdotes significatives, notamment l'étonnement du philosophe quand il s'aperçut que lui, juif, pouvait faire le poirier plus longtemps que ses autres disciples, tous grands et blonds. Mais ce livre est surtout le récit d'un parcours philosophique et politique, où l'on croise également Brecht et Husserl et qui révèle en France une personnalité comparable à celle de George Orwell par son courage intellectuel et sa lucidité.

  • La Crise du monde moderne

    René Guénon

    • République des lettres
    • 20 Décembre 2021

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de René Guénon. C'est dans "La Crise du monde moderne" que René Guénon a ordonné toutes les raisons de son aversion pour cette civilisation occidentale moderne dont il est mort complètement séparé après s'être converti à l'islam. Accusation radicale, qui ne s'attaque pas seulement à tel ou tel aspect de la mentalité moderne, mais la rejette tout entière, et sans appel. Tout d'abord, dit-il, le monde moderne est matérialiste: rien n'existe que ce qui peut sentir et toucher. Il ne connaît que la réalité sensible et il est esclave de la superstition du fait, qui l'oblige à refuser tout accès à un monde supérieur. Le monde moderne se veut de plus scientifique, mais cette science n'est plus rattachée, comme dans les sociétés traditionnelles, à des principes métaphysiques. C'est une science profane et non un prolongement de la connaissance absolue. En outre, le monde moderne n'est plus religieux. Même le christianisme est atteint par le matérialisme. Enfin le monde moderne est démocratique et René Guénon ne s'intéresse aux phénomènes politiques qu'en tant que signes de la mentalité générale. Par exemple, alors que la notion de "caste" est selon lui profondément juste, puisque fondée sur la disparité nécessaire des fonctions, la démocratie, appuyée sur le préjugé égalitaire, humilie l'ordre même du monde. Le pouvoir, dit-il, ne peut venir que d'en haut. À travers cette critique radicale du monde occidental, la pensée de René Guénon se trouve ainsi exactement à l'opposé de tous les dogmes et de tous les concepts modernes.

  • L'ouvrage débute par une définition précise des termes « anarchie » et « anarchisme » et de leur histoire, en même temps que par un tour d'horizon des enjeux politiques contemporains qui rendent nécessaire une nouvelle réflexion sur ces termes et leur potentiel émancipateur, trop vite enterré ou méprisé (les anarchistes sont des nihilistes, des terroristes, etc.). Catherine Malabou s'interroge sur la raison pour laquelle certains des philosophes les plus importants du XXe siècle ont élaboré des concepts d'anarchie décisifs pour comprendre la situation contemporaine de la pensée en matière d'éthique et de politique sans jamais toutefois se référer à l'anarchisme. Comme si l'anarchisme était quelque chose d'inavouable, qu'il faudrait cacher alors même qu'on lui Au fil de l'interprétation critique de chaque philosophe se dégagent les éléments d'une pensée du « non gouvernable », qui va bien au-delà d'un appel à la désobéissance ou d'une critique convenue du capitalisme. Le livre propose donc une réinterprétation de l'anarchisme.

  • Petit manuel philosophique à l'intention des grands émotifs Nouv.

    Petit manuel philosophique à l'intention des grands émotifs

    Ilaria Gaspari

    • Presses universitaires de france
    • 4 Mai 2022

    Les émotions ont mauvaise presse et souffrent depuis toujours d'un préjugé tenace. Les émotions, ce sont les « humeurs », ou encore les « passions » ? passivité de l'âme. Aujourd'hui encore, les hommes, bien souvent, ne doivent pas montrer leurs larmes, tandis que les femmes passent pour hystériques quand elles le font. Pourtant, ce sont nos émotions, ce que nous ressentons, qui nous rendent humains. À rebours du développement personnel, c'est un guide philosophique des émotions que propose Ilaria Gaspari. Nostalgie, angoisse, gratitude, etc. : les mots que nous mettons sur nos maux ont une histoire, celle de toutes les personnes qui les ont vécues, dites, chantées, étudiées. En s'appuyant sur les plus grands philosophes et la littérature, des récits initiatiques d'Homère à Schopenhauer en passant par Spinoza, Ilaria Gaspari montre que ce qui est le plus intime est aussi universel : les émotions nous inscrivent dans la lignée des hommes. À travers ce voyage émotionnel dans le temps et la philosophie, à partir de son expérience personnelle, Ilaria Gaspari enjoint à se reconnaître comme émotif afin de ne pas se laisser dominer par elles, ne pas les subir, ni les réprimer, mais les vivre et nous fier à ce qu'elles nous disent. Car c'est l'émotion que nous ressentons qui nous rappelle nos besoins profonds, qui nous rappelle que nous sommes humains.

  • Le centre perdu

    Zissimos Lorentzatos

    • Editions allia
    • 6 Janvier 2022

    L'art connaît une crise sans précédent : « Personne ne croit plus un mot de ce que dit le poète en notre siècle ».

    Cette crise se situe au fondement même de notre civilisation, que la rationalisation technique a dénuée de tout fondement spirituel. Sa source est notre perte de contact avec la tradition d'un art dont la fonction était métaphysique. L'absence d'un principe supérieur, à même d'insuffler une direction et une puissance, a affaibli la poésie moderne.

    Dans une langue saisissante et visionnaire, habitée par un souffle poétique et mystique, Le Centre perdu nous propose de refonder l'art par le langage. Pour que la poésie soit à nouveau, pour nous, synonyme de vérité. « Il nous faudra de nouveau vivre vraiment pour que nous puissions de nouveau parler vraiment. »

    Né en 1915 à Athènes et décédé en 2004, Zissimos Lorentzatos, poète, penseur et critique, est l'une des plus grandes figures des lettres grecques du XXe siècle. Inspirée par la mythologie antique, sa littérature prend racine auprès de grands auteurs qu'il a traduits comme Ezra Pound, Edgar Allan Poe ainsi que William Blake.

  • à côté du genre : sexe et philosophie de l'égalité

    Geneviève Fraisse

    • Presses universitaires de france
    • 2 Mars 2022

    Le contemporain démocratique nous invite, depuis quelques décennies, à penser le sexe et le genre. La légitimité de cette réflexion s'affirme enfin. Dans cet ouvrage qui réunit La controverse des sexes, La différence des sexes et un recueil d'articles inédits, la démarche privilégie l'« à côté » d'une recherche des définitions et des identités. Le passage conceptuel de « sexe » à « genre » demande une distance critique. C'est à partir d'un repérage des lieux dans une histoire de la pensée, philosophique, littéraire et factuelle que les questions philosophiques sont identifiées et développées par l'autrice. Car il s'agit de comprendre ce qui surgit quand égalité et liberté se révèlent comme des enjeux, dans la politique et la création, l'économique et le corps, la pensée et l'agir. La longue histoire de la philosophie, quelques scènes littéraires contemporaines, et la mise à l'épreuve de débats récents, tout contribue à restituer l'importance de l'émancipation féministe au regard du monde.

  • La nature du totalitarisme

    Hannah Arendt

    • Éditions payot
    • 16 Octobre 2018

    Ce livre rassemble trois textes de Hannah Arendt qui se situent dans le sillage immédiat de son ouvrage majeur, Les origines du totalitarisme (1951), qu'il contribue à éclairer et à prolonger. Deux articles de 1953, Compréhension et politique et Religion et politique, développent une analyse plus fine du phénomène totalitaire. Le texte central, La nature du totalitarisme, est la matière des conférences que Hannah Arendt donna en 1954 à la New School for Social Research. L'auteur prolonge les réflexions du Système totalitaire et poursuit l'analyse de la terreur et du caractère singulier du totalitarisme. La préface de Michelle-Irène Brudny-de Launay a pour double objet de retracer la réception originale de l'oeuvre de Hannah Arendt en France et d'analyser l'importance comme les limites de la conception arendtienne du totalitarisme, en la situant au sein d'une problématique désormais générale.

  • La poétique de l'espace

    Gaston Bachelard

    • Presses universitaires de france
    • 27 Mai 2020

    La Poétique de l'espace explore, à travers les images littéraires, la dimension imaginaire de notre relation à l'espace, en se focalisant sur les espaces du bonheur intime. Le « philosophe-poète » que fût Gaston Bachelard entend ainsi aider ses lecteurs à mieux habiter le monde, grâce aux puissances de l'imagination et, plus précisément, de la rêverie. Aussi l'ouvrage propose-t-il tout d'abord une suite de variations poético-philosophiques sur le thème fondamental de la Maison, de celle de l'être humain aux « maisons animales » comme la coquille ou le nid, en passant par ces « maisons des choses » que sont les tiroirs, les armoires et les coffres. Il ouvre de la sorte une ample réflexion sur l'art d'habiter le monde, impliquant une dialectique de la miniature et de l'immensité, puis du dedans et du dehors, qui s'achève par une méditation des images de la plénitude heureuse, condensant les enjeux anthropologiques, métaphysiques et éthiques de cette oeuvre sans précédent.

  • Note sur la suppression generale des partis politiques

    Simone Weil

    • Editions allia
    • 2 Février 2017

    Ce réquisitoire balaie d'un revers de main la démocratie telle qu'elle a cours. Et, ose-t-on ajouter, telle qu'elle a encore cours. Son argumentation repose sur des réflexions philosophiques qui traitent de l'organisation idéale de la collectivité en démocratie, notamment le Contrat social de Rousseau. La raison seule est garante de la justice, et non les passions, nécessairement marquées par l'individualité. Or, les partis, puisqu'ils divisent, sont animés par les passions en même temps qu'ils en fabriquent. Pour Weil, un parti comporte potentiellement, dans sa lutte pour le pouvoir, un caractère totalitaire. Ils défendent leurs intérêts propres au détriment du bien public. Il faut se garder comme de la lèpre de ce mal qui ronge les milieux politiques mais aussi la pensée tout entière. Contre les passions collectives, elle brandit l'arme de la raison individuelle.
    Rédigé en 1943, ce texte propose un système fondé sur l'affinité et la collaboration de tous, un hymne à la liberté individuelle capable de s'exprimer dans le cadre d'une collectivité.

  • L'enquête infinie

    Pacôme Thiellement

    • Presses universitaires de france
    • 15 Septembre 2021

    Qu'y a-t-il de commun entre le petit Grégory, Alfred Jarry, Jack L'Éventreur, Ronald Reagan, David Bowie, Edgar Allan Poe, Nicolas Sarkozy, Vincent Van Gogh, Martin Shkreli, Philip K. Dick, Nelson Mandela, Otis Redding, ou André Breton ? Qu'ont-ils en commun, ces individus hantant le vingtième siècle comme s'il était un théâtre grinçant ? La réponse est peut-être que, sans eux, l'histoire de ce siècle - notre histoire - serait incompréhensible. Car il y a les récits de manuels, avec ses grands hommes et ses grands événements. Et puis il y a le reste - les légendes dont est tissée la réalité, et qu'on ne peut raconter qu'au coin du feu ou dans l'ombre d'une porte, de peur de passer pour fou. Pacôme Thiellement n'a pas peur de la folie. Et lorsqu'il choisit de raconter « son » vingtième siècle, c'est à travers le plus étonnant des réseaux de correspondance, où la poésie fait écho au fait divers, les stars médiatiques à d'obscures préoccupations mystiques, et les nobles déclarations politiques aux tentatives incessantes de rendre la vie des humains impossible. Qu'y a-t-il donc de commun entre toutes ces figures ? Elles cherchèrent toutes à faire de la question « Qu'est-ce que vivre ? » celle du siècle lui-même.

  • Le capitalisme patriarcal

    Silvia Federici

    • La fabrique éditions
    • 11 Mars 2020

    Comment faire tourner les usines sans les travailleurs vigoureux, nourris, blanchis, qui occupent la chaîne de montage ? Loin de se limiter au travail invisible des femmes au sein du foyer, Federici met en avant la centralité du travail consistant à reproduire la société : combien couterait de salarier toutes les activités procréatives, affectives, éducatives, de soin et d'hygiène aujourd'hui réalisées gratuitement par les femmes ? Que resterait-il des profits des entreprises si elles devaient contribuer au renouvellement quotidien de leur masse salariale ?
    La lutte contre le sexisme n'exige pas tant l'égalité de salaire entre hommes et femmes, ni même la fin de préjugés ou d'une discrimination, mais la réappropriation collective des moyens de la reproduction sociale, des lieux de vie aux lieux de consommation - ce qui dessine l'horizon d'un communisme de type nouveau.

  • Marcher, une philosophie

    Frédéric Gros

    • Audiolib
    • 15 Avril 2020

    La marche à pied connaît de plus en plus d'adeptes qui en recueillent les bienfaits : apaisement, communion avec la nature, plénitude... Nous sommes très nombreux à bénéficier de ces dons. Marcher ne nécessite ni apprentissage, ni technique, ni matériel, ni argent. Il faut juste un corps, de l'espace et du temps.
    Mais la marche est aussi un acte philosophique et une expérience spirituelle. Allant du vagabondage au pèlerinage, de l'errance au parcours initiatique, de la nature à la civilisation, l'auteur puise dans la littérature, l'histoire et la philosophie : Rimbaud et la tentation de la fuite, Gandhi et la politique de résistance, sans oublier Kant et ses marches quotidiennes à Knigsberg.
    Et si l'on ne pensait bien qu'avec les pieds ? Que veut dire Nietzsche lorsqu'il écrit que « les orteils se dressent pour écouter » ? C'est ce que l'on cherche ici à comprendre.
    À la fois traité philosophique et définition d'un art de marcher, ce livre en réjouira beaucoup, qui ne se savaient pas penseurs en semelles.

    Une lecture sensible et incarnée qui donne envie de partir en promenade toutes affaires cessantes.

    © Carnets Nord, 2009 / Albin Michel
    © et (P) Audiolib, 2020
    durée : 6h07

  • « Le respect de la vérité présente un déclin associé de près à la régression en charité. Il n'est point de période de l'histoire du monde où le mensonge organisé ait été pratiqué d'une façon aussi éhontée, ou, grâce à la technologie moderne, aussi efficacement et sur une aussi vaste échelle, que par les dictateurs politiques et économiques du siècle présent. La majeure partie de ce mensonge organisé prend la forme de propagande, inculquant la haine et la vanité, et préparant l'esprit des hommes à la guerre. Le but principal des menteurs est la suppression des sentiments et de la conduite charitables dans le domaine de la politique internationale. [...]
    Tel est le monde dans lequel nous nous trouvons, - monde qui, jugé d'après le seul critère acceptable du progrès, est manifestement en régression. L'avance technologique est rapide. Mais sans progrès en charité, l'avance technologique est inutile. Elle est même pire qu'inutile. Le progrès technologique nous a simplement fourni des moyens plus efficaces pour reculer.
    Comment cette régression en charité que nous vivons actuellement, et dont chacun de nous est responsable dans une certaine mesure, peut-elle être enrayée et inversée ? Comment la société existante peut-elle se transformer en la société idéale décrite par les prophètes ? Comment l'homme sensuel moyen et l'exceptionnel (et plus dangereux) homme ambitieux peuvent-ils se transformer en ces êtres sans attache, qui seuls sont capables de créer une société sensiblement meilleure que la leur ? Ce sont là les questions auxquelles j'essaierai de répondre dans le présent volume. »

  • Par delà bien et mal

    Friedrich Nietzsche

    • Saga egmont
    • 22 Décembre 2021

    À la suite d'« Ainsi parlait Zarathoustra », Nietzsche s'attaque à un problème majeur de la philosophie occidentale, celui de la valeur. D'une plume étincelante et féroce, il critique les préjugés des philosophes, à commencer par leur croyance en la valeur absolue de la vérité. Seul un nouveau type de penseur sera capable de redonner du sens à l'existence terrestre : « l'esprit libre », celui qui s'affranchit de la croyance en l'existence du bien et du mal, et qui crée ses propres valeurs.
    Ce texte constitue l'ouvrage le plus achevé de la pensée nietzschéenne, et le plus à même de rendre clair sa logique et ses aboutissements.



    Friedrich Nietzsche (1844-1900) est un philosophe allemand. D'abord professeur de philologie à l'université de Bâle, il devient l'auteur d'ouvrages majeurs tels que « Le Crépuscule des idoles », « Le Gai Savoir » et « Ainsi parlait Zarathoustra ». Il est d'abord baigné dans les auteurs de la Grèce antique, mais ses lectures de Schopenhauer le bouleversent et l'aident à construire sa pensée. Il oppose les valeurs traditionalistes, notamment présentes dans le christianisme, aux valeurs défendues par un « surhomme », individualiste et indépendant. Passionné de musique, il se lie d'amitié avec Wagner, mais se brouille rapidement avec celui-ci. Dans les dix dernières années de sa vie, il est plongé dans un état végétatif suite à un accès de démence.

  • La naissance de la tragedie

    Friedrich Nietzsche

    • Kinoscript
    • 25 Avril 2012

    28 ans. Brillant professeur à l'université de Bâle. Nietzsche en un seul livre va pulvériser sa carrière. Le genre d'acte qui met d'accord un homme avec lui-même. Le genre de "geste" qui dit la valeur de celui qui ne triche pas. Ce texte, c'est la Naissance de la Tragédie. Et alors que, bien souvent, le discours professoral est dicté par l'avancement carriériste - on ne contredit pas son directeur de thèse - Nietzsche met les pieds dans le plat. Sans honte ni crainte. Comme on se bat en duel. Pour l'honneur.

    Ce sens de la grandeur, c'est l'une des raisons de lire La Naissance de la Tragédie en ce début de siècle. Bien que l'étude du Grec ait disparu de nos lycées, et que celle du Latin s'amenuise, inéluctablement, telle la peau de chagrin, Nietzsche propose une philosophie fondée sur la philologie. Une pensée par la langue. La phraséologie comme substrat conceptuel. Et si la méthode choque encore aujourd'hui, on peut imaginer la réaction parmi les confrères de cette année 1872. Bien rares seront ceux à le soutenir. Wagner prendra le risque.


    L'autre coup de poing qu'assène Nietzsche au système universitaire, c'est la seconde mort de Socrate. La première, on la connaît, la ciguë, le bourreau, le coq d'Esculape, les pieds froids d'un Socrate plus stoïcien que platonicien. La seconde, c'est lorsque Nietzsche faisant de Socrate le double philosophique du tragique Euripide, identifie le penseur préféré de l'Université à l'empoisonneur de la philosophie : à partir de Socrate, le seul véritable objet, voire obsession, de la pensée, devient la Vérité.


    Tragédie vulgaire que celle qui donne à voir la mort de la pensée tragique face à l'avénement du rationalisme. Face à la modernité. Tragédie pléonastique. A rebours, chez Eschyle, la vie, à travers le héros, produisait le drame. Les forces en présence étaient le produit parfait de Dionysos et d'Apollon, dans un équilibre quasi divin, qui se livraient une guerre pour l'art. Exit Dionysos. Place à Apollon.



    La présente édition reprend l'édition de 1886, à laquelle fut ajoutée un Essai d'auto-critique, où Nietzsche apporte des précisions sur son oeuvre de jeunesse. On parlerait aujourd'hui de Seconde édition... La traduction est celle de J.Marnold et J.Morland.



    Ce livre devrait servir de modèle à tous les thésards, de France et de Navarre : envoyez au diable votre directeur de thèse! Comme Nietzsche.

  • Nous autres réfugiés

    Hannah Arendt

    • Editions allia
    • 3 Janvier 2019

    Depuis la Seconde Guerre mondiale, le "réfugié" préfère en général l'appellation de "nouvel arrivant" ou d'"immigré", pour marquer un choix, afficher un optimisme hors pair vis-à-vis de sa nouvelle patrie. Il faut oublier le passé : sa langue, son métier ou, en l'occurrence, l'horreur des camps. Elle-même exilée aux États-Unis au moment où elle écrit ces lignes dans la langue de son pays d'adoption, Hannah Arendt exprime avec clarté la difficulté à évoquer ce passé tout récent, ce qui serait faire preuve d'un pessimisme inapproprié. Pas d'histoires d'enfance ou de fantômes donc, mais le regard rivé sur l'avenir. Mais aux yeux de ces optimistes affichés, la mort paraît bien plus douce que toutes les horreurs qu'ils ont traversées. Comme une garantie de liberté humaine.

    Née en 1906, Hannah Arendt fut l'élève de Jaspers et de Heidegger. Lors de la montée au pouvoir des nazis, elle quitte l'Allemagne et se réfugie eux Etats-Unis, où elle enseigne la thoérie politique. À travers ses essais, tels que La Condition de l'homme moderne, Les Origines du totalitarisme, Eichmann à Jérusalemou encore Le Système totalitaire, elle manifeste sa qualité d'analyste lucide de la société contemporaine. Elle meurt en 1975.

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