Stock (réédition numérique FeniXX)

  • En mai 1968, c'était l'opération Jéricho : comédiens et journalistes, musiciens et techniciens, statutaires et hors statuts, défilaient circulairement autour de la Maison Ronde, en processions inspirées du livre de Josué. Mais c'est en 1974 seulement, qu'à force de souffler dans les antennes, les murs de la citadelle croulèrent. Parmi ces décombres, Pierre Schaeffer entreprend aujourd'hui des fouilles instructives. Mais cet archéologue est aussi un témoin : ingénieur et romancier, musicien et gestionnaire, fondateur et animateur d'institutions hérétiques, mal aimées de leur maison-mère, Pierre Schaeffer a vécu, sous trois Républiques et vingt-et-un directeurs généraux (sans compter leurs adjoints), quarante ans de radio-télévision. Il s'en éveille, un peu surpris. Du grenier des ingénieurs au service de la recherche, de la symphonie pour un homme seul, aux conférences internationales, des exercices étriqués recommandés par Gurdjieff aux aftomatismes de la décolonisation, comment dégager sa ligne de vie des pièges de l'espace courbe ? Comment rester fidèle aux rébellions de sa jeunesse une fois entré dans les Ordres de l'entreprise nationalisée ? Comment proposer une politique de la communication, sans se réclamer d'aucun parti ? Uniquement préoccupée de sa propre survie, la grande entreprise audio-visuelle n'apparaît, en définitive, que comme une firme parmi d'autres. À un détail près : elle est chargée de notre information, de nos échanges, donc de notre avenir. Les gouvernements s'en défient et les gouvernements y paradent. Elle montre tout et ne dit rien. S'agirait-il, en définitive, d'une sorte d'usine de retraitement ? Son fonctionnement est tout aussi impénétrable, et les retombées de l'information aussi imprévisibles que celles du nucléaire. Les images s'accumulent dans l'insconscient collectif. Quelle sera la durée de vie de ces débats ? Ou faut-il comparer la T.V. et la bombe ? L'équilibre de la terreur réclame-t-il, par symétrie, la conspiration du silence ?

  • Avant la télé, les hommes vivaient sans. Vérité essentielle, lapalissade. Oui, mais... Ce truisme dissimule un profond changement social et culturel, un bouleversement d'habitudes et de comportements. La télé, aujourd'hui, c'est presque la famille ; en tout cas, personne ne songe à la renier, beaucoup en ont l'esprit. Importante pour les citadins, la télévision l'est encore plus pour les ruraux qui, vivant souvent repliés sur eux-mêmes, se définissent partiellement par rapport à ce média. On l'aime ou on ne l'aime pas. On l'arbore fièrement ou on le cache. On en est plus ou moins l'esclave, mais l'esclave consentant. En tout cas, depuis son apparition, la télévision a tout changé, tout remodelé. Rien n'est plus comme avant. Et dans les campagnes, qui sont souvent de petits univers, des villages entiers ont appris à vivre ainsi, recréant de nouveaux équilibres, inventant, en fonction des programmes une nouvelle façon d'être et de vivre. Le rythme de la télévision est devenu celui de la vie de chaque jour. Dans le miroir d'un village, c'est chaque Français qui se retrouve face au petit écran. Ce livre concerne tous les téléspectateurs.

  • C'est ainsi que de Gaulle accueillait Pierre Sabbagh, quand il venait enregistrer une nouvelle fois une allocution télévisée du Général. Le nom de Sabbagh, en effet, est lié à la courte histoire de l'audiovisuel. Il est de ceux qui ont vécu, et qui ont assuré le passage de l'information parlée à l'information en images. Devenu correspondant de guerre en 1944, pour tenter de retrouver plus vite sa mère déportée, ce jeune journaliste comprend tout de suite quel merveilleux instrument peut devenir la télévision. Avant les Américains, il sera le premier au monde à inventer le Journal télévisé. Il a assuré de grands reportages en direct, créé les jeux télévisés, produit Au théâtre ce soir, dirigé une chaîne pendant sept ans. Ce diable d'homme a tout fait. Il a travaillé avec Guy Mollet, de Gaulle, Barre, Pompidou, Giscard, Mitterrand, qui ont appris avec lui à être bon devant une caméra. Peu de gens ont une connaissance aussi solide de cet art aux aspects si divers qu'est la télévision. Si Pierre Sabbagh aime à se définir comme un saltimbanque, c'est que, derrière le petit écran, il a fait tous les métiers : reporter, présentateur, animateur de jeux, réalisateur, producteur, directeur de chaîne aussi. Il est l'un de ceux à qui l'on doit la télévision d'aujourd'hui, dont il demeure un créateur.

  • Passer de la communication de la culture, à la culture de la communication, c'est ce qu'expriment, à leur manière propre, l'histoire de notre génération, les démarches culturelles d'aujourd'hui, et les informations qui nous viennent du futur, qui forment les trois parties de cet ouvrage. À l'origine, ces deux notions sont confondues et la culture est le domaine privilégié de la communication, comme l'attestent les signes que les premiers hommes inventent pour s'exprimer. Et puis, progressivement, sous la pression de facteurs humains ou technologiques, elles divergent. Il en résulte une dévaluation spectaculaire de mille comportements culturels que nous tenions pour nécessaires tandis que, par contrecoup, un violent appel fait se lever des exigences nouvelles. Qu'il s'agisse des spectacles, de la télévision, des livres, de la musique, des arts plastiques, ou encore de la formation permanente ou de la vie socio-politique, un faisceau de désirs crée un nouveau climat, une nouvelle culture : la communiculture. Ce n'est là ni une théorie ni une recette. Plutôt un signe de reconnaissance, dont il s'agit de tenter un début d'exploration. Nous essayons, dans ce dialogue, de traduire quelques-uns des signes de cette nouvelle culture, tels que nous les trouvons en nous et hors de nous. Nous désirons chercher, au-delà des nécessaires différences, les convergences sans lesquelles il n'est pas de civilisation. La communiculture n'est ni notre découverte ni notre spécialité. Elle est un moyen d'inviter les lecteurs à mesurer les enjeux réels de leur existence, et à en tirer les conséquences pour la vie sociale.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Les journalistes ont mauvaise presse, mais le procès qu'on leur fait est, paradoxalement, le moins informé qui soit, encombré d'idéologie, d'arrière-pensées et d'une ignorance insigne de la réalité de leur métier. Aussi, le premier objectif de Cartes de presse est-il d'informer. Au croisement de la sociologie, de l'économie et de l'histoire, mêlant enquêtes de terrain, entretiens avec des journalistes et analyses des entreprises de médias, Jean-Marie Charon offre la première cartographie rigoureuse d'une profession méconnue. Nourrie d'anecdotes et de faits vrais, allant souvent à rebours des idées reçues, son enquête ne laisse rien à l'écart, du localier de province à la star du journal télévisé, des contraintes de rentabilité marchande aux dérapages de l'information en temps réel, des débats déontologiques aux défis techniques. Poids du nombre, précarité croissante, rajeunissement et féminisation, magistère de l'audiovisuel et déclin de l'écrit, formation supérieure accrue et embauche dominante dans la presse spécialisée : en une décennie, le journalisme a connu une mutation qui se traduit, essentiellement, par son éclatement en univers de plus en plus autonomes. Cette perte d'unité est au coeur d'une contradiction nouvelle : alors même que les journalistes disposent de moyens extrêmement puissants, et qu'ils sont plus nombreux, mieux formés professionnellement et intellectuellement, leur influence réelle décline, leur distance aux élites dirigeantes s'accroît, leur compétence se heurte à la complexité du monde, les logiques des entreprises qui les emploient leur échappent largement, et leurs repères sont devenus fragiles. Pour le dire abruptement : le journalisme a, aujourd'hui, d'autant plus de puissance qu'il a moins de pouvoir.

  • Nous avons vécu dans la civilisation du livre, nous entrons dans la société multimédia. Nos repères se brouillent. Naguère vecteur principal de la formation et des loisirs, le livre est devenu un outil parmi d'autres. Le symbole de l'éducation de générations de citoyens s'égare entre les vidéos, les disques et les cassettes les disquettes informatiques, les CDI, CD-Rom et autres banques de données en ligne, consultables sur minitel ou sur autoroute électronique, qui prétendent rendre mieux que lui les mêmes services. Une nouvelle industrie éditoriale émerge. Nous laissera-t-elle orphelins du livre ? La fin du livre roi, avec son réseau cohérent d'auteurs, d'éditeurs, de libraires et de lecteurs, ne signifie pas forcément la mort des livres ni, a fortiori, des contenus qu'ils véhiculent. Pour peu que les acteurs de la plus prestigieuse des industries de contenu, aujourd'hui affaiblie et complexée par le dynamisme de l'audiovisuel, sachent accompagner le nouvel essor des supports culturels. Qu'éditeurs, libraires, défenseurs du livre et de la lecture échappent au syndrome de la forteresse assiégée, se conduisent, face à leur héritage, non comme des conservateurs frileux mais comme de véritables passeurs. Cette condition, si une monarchie se meurt, ce peut être au profit d'une heureuse démocratie du savoir.

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